N° 290 – 2e trim. 2025
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Liminaire
Qui est le Christ ? Cette question centrale n’a cessé d’habiter ceux qui sont en quête d’un Dieu agissant au cœur de l’Histoire, ainsi qu’Il était annoncé par les prophètes d’Israël. « Et vous, qui dites-vous que Je suis ? » (Mt 16,15) demandait déjà Jésus à ses disciples. « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » (Mt 16,16) s’écrie Pierre sous l’inspiration de l’Esprit. Cette confession de Jésus-Christ comme le Sauveur du monde est le cœur même de la Bonne Nouvelle répandue par les Apôtres à travers le monde dès la Pentecôte. À mesure que s’étend la foi en Christ progressent aussi les interrogations sur sa personne, suscitant de nombreuses querelles qui n’ont rien de simples joutes de spécialistes. À travers une compréhension christologique de plus en plus affinée, sur le socle de l’expérience contemplative, il ne s’agit rien moins, pour les théologiens de l’époque – reconnus par la suite comme « Pères de l’Église », – que de défendre l’accès de l’humanité à la vie divine, rendu possible par l’Incarnation de Dieu.
Lorsqu’au début du ive siècle un prêtre d’Alexandrie, dénommé Arius, désireux de défendre un monothéisme simpliste, affirme que le Fils de Dieu n’est qu’un être créé par Dieu le Père –la première des créatures –, il déclenche une controverse qui va secouer longtemps l’ensemble des communautés chrétiennes de l’empire romain, encore marquées par les persécutions passées. L’empereur Constantin, nouvellement converti au Christ, décide alors de convoquer tous les évêques dans la ville de Nicée, en Bithynie (Asie Mineure), pour faire la paix sur cette question controversée.
Cette réunion, tenue il y a mille sept cents ans, fut la première du genre dans l’Histoire. Elle prendra le nom de « Premier Concile œcuménique », au sens où elle représentait le plérôme de l’Église. Nous devons à ce concile une première définition de foi unanime sur le Christ « consubstantiel au Père », affirmant sa pleine égalité avec le Père en utilisant non seulement un langage biblique mais aussi un cadre conceptuel proche de la philosophie antique. Ce nouveau paradigme de pensée permet désormais de mettre des mots sur le mystère de la divinité du Christ, en particulier par l’usage du terme consubstantiel pour désigner son identité de nature avec le Père. Le Concile de 325 tranchera également d’autres questions controversées, établissant notamment une date commune pour célébrer la fête de Pâques.
Le présent volume entend donner à nos lecteurs un regard nouveau sur l’événement du Premier Concile œcuménique en explicitant l’actualité de ses enjeux. L’article de Julia Naett Vidovic, après avoir rappelé en détail le contexte historique de la tenue du Concile, en déploie les implications théologiques et leurs conséquences pour notre foi en Christ aujourd’hui. Le père Michel Fédou commente ensuite les trois premières propositions du symbole de foi de Nicée, pour éclairer ce qu’elles nous disent de Dieu, éclairant en particulier l’emploi du terme homoousios (consubstantiel) introduit par le Concile. Il appelle à une saisie équilibrée du mystère de la tri-unité divine dans la lignée de la pensée des Pères conciliaires.
Marc Boss propose pour sa part une lecture protestante du Concile, revenant sur sa réception dans le monde de la Réforme à travers la vision de plusieurs théologiens issus de ce vaste courant et les formulations du mystère trinitaire déployées sur la base du symbole de Nicée. En filigrane se dessine le débat entre le maintien de la formulation originelle du dogme nicéen et la possibilité d’une expression renouvelée selon les besoins des époques ultérieures.
Michel Stavrou met pour sa part en avant d’autres éléments d’actualité du Concile, à savoir sa dimension synodale, la compréhension de l’homoousion selon des catégories biblico-patristiques et la question de la date commune de Pâques, d’une grande actualité cette année où toute la chrétienté a pu célébrer la Résurrection le même jour.
Le père Valerry Wilson revient enfin sur la question d’une influence potentielle d’Origène sur Arius. Distinguant la pensée du Père alexandrin de l’origénisme qui s’est construit à la suite de ses écrits, il montre sans équivoque que ceux-ci n’ont pu servir de base à la pensée d’Arius. Les critiques formulées à l’encontre de l’Alexandrin dans les définitions qu’il donne concernant le Fils de Dieu et Verbe créateur sont imputables à une compréhension tronquée des textes, où jamais Origène n’affirme le caractère créé du Fils. En réalité tous les théologiens du ive siècle, orthodoxes comme ariens, sont tributaires des travaux d’Origène, mais l’arianisme comme tel ne découle pas d’Origène.
Nous espérons que ces articles fourniront à nos lecteurs l’occasion d’enrichir leur connaissance de l’histoire de l’Église ancienne, de renouveler leur intelligence de la foi et d’approfondir leur relation personnelle au Dieu un et trine qui, dans son amour pour sa création, ne cesse de Se révéler à elle.
Contacts
Sommaire
Liminaire
[p. 125-127]
Pourquoi le concile de Nicée (325) nous concerne-t-il encore ? L’actualité d’un événement fondateur
Julia Naett Vidovic
[p. 128-153]
Les enjeux actuels du Symbole de Nicée
Michel Fédou s.j.
[p. 154-164]
Une perspective protestante contemporaine sur le symbole de Nicée
Marc Boss
[p. 165-179]
Recevoir le concile œcuménique de Nicée (325) : quelques acquis toujours actuels
Michel Stavrou
[p. 180-194]
Origène a-t-il influencé Arius ?
Valerry Wilson
[p. 195-219]
Chronique
[p. 220-225]
Bibliographie
[p. 226-232]
