Liminaire
Les fĂȘtes de la NativitĂ© du Christ et de la ThĂ©ophanie nous plongent dans le mystĂšre de l’Incarnation. Le Dieu fait chair se rend accessible Ă nous tout en restant infiniment transcendant, paradoxe que les discours thĂ©ologiques ne cessent de scruter pour toujours plus l’approcher sans jamais l’Ă©puiser.
Nous clĂŽturons l’annĂ©e 2024 avec un volume de mĂ©langes qui rassemble des textes inĂ©dits en français de thĂ©ologiens passĂ©s et contemporains. Une hymne de saint Ăphrem le Syrien chante, au IVe siĂšcle, la venue du Christ parmi les hommes en utilisant la mĂ©taphore et l’antithĂšse pour dĂ©ployer le sens inouĂŻ d’un tel Ă©vĂ©nement et ses consĂ©quences pour toute la crĂ©ation. L’homĂ©lie « sur la vie humaine et les dĂ©funts » de saint AndrĂ© de CrĂšte qui lui fait suite, composĂ©e au VIIIe siĂšcle sous le rĂšgne de l’empereur iconoclaste LĂ©on III l’Isaurien, dĂ©veloppe une rĂ©flexion sans concession sur la finitude ; afin, semble-t-il, de dĂ©noncer l’hubris du souverain, l’auteur n’hĂ©site pas Ă forcer le trait en dĂ©crivant la dĂ©sagrĂ©gation de l’ĂȘtre dĂ©chu. TransparaĂźt nĂ©anmoins l’espĂ©rance en Dieu et l’invitation Ă se tourner vers les rĂ©alitĂ©s impĂ©rissables.
Nous proposons ensuite la lecture de trois textes â inĂ©dits en français â de thĂ©ologiens orthodoxes du XXe siĂšcle qui se sont signalĂ©s par leur « retour aux PĂšres ». Dans une confĂ©rence datĂ©e de 1956, Vladimir Lossky rĂ©flĂ©chit Ă la signification thĂ©ologique de la vie spirituelle et souligne qu’en perspective orthodoxe ce ne peut ĂȘtre qu’une vie centrĂ©e sur le Christ et dans l’Esprit Saint. Confirmant l’existence d’une unique Ă©conomie divine conjointe du Fils et de l’Esprit, il montre comment l’Ăglise est Ă la fois un organisme unifiĂ© et le lieu de la libre Ă©dification des personnes. Sa critique de l’Ăglise de Rome doit ĂȘtre replacĂ©e dans le contexte de l’Ăglise institutionnelle d’avant Vatican II. L’originalitĂ© de Lossky est d’affirmer un lien profond Ă trois termes entre vie spirituelle, thĂ©ologie trinitaire et ecclĂ©siologie.
L’article suivant, introduit par Paul Ladouceur, est une confĂ©rence donnĂ©e par Georges Florovsky en 1968 Ă l’universitĂ© d’Aix-en-Provence, dans le cadre d’un colloque de philosophie. Cet autre reprĂ©sentant de la synthĂšse nĂ©o-patristique s’interroge sur l’Ćuvre des penseurs du XXe siĂšcle hĂ©ritiers de la philosophie religieuse russe, principalement Florensky et Boulgakov. Loin de discerner dans ce mouvement un « renouveau thĂ©ologique », il y perçoit une « impasse » et un « lit malĂ©fique ». Toutefois l’intĂ©rĂȘt du texte est qu’il s’en explique longuement Ă la fois par des raisons liĂ©es Ă son histoire personnelle et par une rĂ©flexion thĂ©ologique qui dĂ©veloppe les particularitĂ©s des penseurs concernant la divino-humanitĂ©, les origines de leurs conceptions et ce qu’il perçoit comme leurs limites.
Enfin, une confĂ©rence testamentaire donnĂ©e par le mĂ©tropolite Jean de Pergame en 2011 ouvre des perspectives d’avenir Ă la thĂ©ologie orthodoxe au XXIe siĂšcle : il lui incombe de faire la synthĂšse des mouvements crĂ©atifs des annĂ©es 60. Sur le socle des gĂ©nĂ©rations prĂ©cĂ©dentes, ceux-ci ont permis un renouveau ecclĂ©siologique qu’il convient d’intĂ©grer dans la dimension institutionnelle de l’Ăglise pour permettre Ă celle-ci de vivre plus consciemment sous le souffle de l’Esprit Saint. Il s’agit aussi de poursuivre le retour dynamique et crĂ©atif aux PĂšres pour rĂ©pondre aux dĂ©fis du siĂšcle, en particulier la menace que la rĂ©alitĂ© virtuelle fait peser sur la nature locale et incarnĂ©e de l’Ăglise.
Ces textes de thĂ©ologiens nous interpellent et offrent autant de pistes pour nous inciter Ă approfondir notre pensĂ©e et notre vĂ©cu du mystĂšre du Dieu fait chair, Ă l’orĂ©e de l’annĂ©e 2025 qui sera marquĂ©e par le millĂ©naire du premier concile ĆcumĂ©nique rĂ©uni Ă NicĂ©e en 325, proclamant la nature Ă©ternelle et incréée du Christ. Ă tous nos lecteurs nous souhaitons de belles fĂȘtes de la NativitĂ© et de la ThĂ©ophanie.
Contacts