Contacts, n° 262

N° 262 – 2e trim. 2018

Liminaire

  Le Christ est ressuscité !

Cette stupéfiante nouvelle par laquelle l’Ange accueille le groupe de femmes venues au tombeau embaumer le corps de Jésus nous révèle le plan éternel de notre existence. Existence en plénitude non pas coupée de la vie présente mais appelée à se déployer en elle par notre libre collaboration à l’œuvre divine. Le Seigneur ressuscité nous y aide à chaque pas par sa pédagogie semblable à celle d’un parent envers son enfant. Dans le premier article du présent volume, le père Cyrille Argenti (1919-1994) met en lumière ce processus en se posant la question : Dieu punit-Il ? Usant du langage concret qui le caractérise, il explicite, à partir d’exemples pastoraux, la façon d’incarner le pardon dans nos vies pour nous conformer toujours davantage au dessein divin. « Le seul péché impardonnable, affirme-t-il, est de ne pas croire au pardon de Dieu. »

Il nous est donné de participer tout spécialement à la vie nouvelle en Christ ressuscité grâce à la liturgie, dont le père André Scrima (1925-2000) développe la dimension mystérieuse dans la deuxième partie de son essai qui fait suite au premier volet publié dans le précédent volume (n° 261). « La liturgie représente le temps suprême de l’Église, son action caractéristique déployée entre la Pentecôte et la Parousie. […] Elle ne cesse pas de soutenir surnaturellement la transformation christique de la création. » Comme le montre le p. Scrima, dans la liturgie, le mystère de la divino-humanité se laisse connaître et s’approprier dans sa profondeur. C’est pourquoi c’est à la liturgie que revient, pour la tradition orthodoxe, la fonction d’éduquer, d’instruire, et d’élever spirituellement les communautés chrétiennes en tant que communautés ; elle leur ouvre les portes d’une sensibilité et d’une intelligence supérieure du mystère du Christ.

Cette transformation christique en cours dans le temps du salut, le chercheur russe Eugène Khvalkov, dans sa remarquable étude biblique et patristique, nous invite à la discerner en s’interrogeant sur le processus de création du monde, passé et présent. Il croise l’approche de la théologie orthodoxe et celle de la science contemporaine en montrant le caractère non traditionnel de la posture fondamentaliste et typiquement post-moderniste des « créationnistes ». Il réfléchit à l’admissibilité des théories scientifiques contemporaines de l’émergence et de l’évolution de l’univers et des êtres vivants dans le contexte de l’enseignement des Pères grecs et de la doctrine chrétienne orthodoxe. « Le fait que notre nature matérielle et biologique, notre corps et notre âme soient façonnés à travers un long processus comprenant de nombreuses étapes d’évolution depuis la “poussière prise à la terre” en passant par l’ultime étape des primates, n’enfreint pas le point principal : c’est l’esprit donné par Dieu qui constitue l’homme en tant qu’image de Dieu. » Au plan doctrinal, il rappelle que l’Église orthodoxe n’accepte ni ne rejette les théories de l’évolution, laissant leur champ d’investigation aux scientifiques et préservant la pureté de la foi, qui ne repose pas sur l’état actuel de la recherche scientifique – elle a des fondements différents qui s’appuient de façon bien plus solide sur la Révélation divine. La théologie traite des causes ultimes et des idées centrales de la création, tandis que la science étudie les causes et les déterminations immédiates.
Dans le dernier article de ce volume, un jeune théologien grec, le père Amphiloque Miltos, revient sur la notion ecclésiologique de synodalité/conciliarité chez saint Cyprien de Carthage (IIIe siècle), remettant en question l’interprétation qu’en faisait le père Nicolas Afanassieff. Selon ce dernier, Cyprien aurait adopté une ecclésiologie universaliste, en négligeant la plénitude catholique de l’Eglise locale. Le père A. Miltos propose une relecture contextualisée de Cyprien qui montre le caractère infondé de cette interprétation de la part d’Afanassieff. À travers cette mise au point, il invite à discerner une complémentarité entre les dimensions eucharistique et universelle de l’Église.

Il y a quelques semaines s’est endormi dans le Christ le père Jean Roberti, membre du comité de rédaction de notre revue depuis vingt ans, longtemps doyen des communautés orthodoxes de l’Ouest de la France. Dans sa région et au-delà, il a œuvré pour le rapprochement des Églises chrétiennes séparées et il fut à sa manière un témoin fidèle de la vie nouvelle en Christ ressuscité. Que sa mémoire soit éternelle !

Michel Stavrou

Sommaire

Liminaire
[p. 117-120]

Punition et pardon
[p. 121-126]
Archimandrite Cyrille Argenti

Essai sur la spiritualité liturgique de l’Église d’Orient (Deuxième Partie)
[p. 127-152]
Père André Scrima

Livre de la Genèse, enseignement patristique sur la création et indépendance des savoirs
[p. 153-200]
Eugène Khvalkov

L’ecclésiologie de saint Cyprien de Carthage : un faux dilemme entre les perspectives universelle et eucharistique
[p. 201-224]
Père Amphiloque Miltos

Chronique
– Décès du p. Geores Massouh
– In memoriam l’archimandrite Placide Deseille (1926-2018)
– In memoriam père Jean Roberti (1936-2018)
– In memoriam Séraphin Rehbinder (1940-2018)
– In memoriam Véronique Lossky (1931-2018)
[p. 225-241]

Bibliographie
[p. 242-247]