Contacts, n° 274

N° 274 – 2e trim. 2021
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Liminaire

Le Christ est ressuscité !

Le texte « Pour la vie du monde. Vers un éthos social de l’Église orthodoxe  » que nous proposons aujourd’hui à nos lecteurs constitue à sa manière une proclamation contemporaine de la joie pascale. Il s’agit ici d’une traduction intégrale du document originel anglais mis en ligne en mars 2020 par l’Archidiocèse grec orthodoxe d’Amérique avec une préface de l’archevêque Elpidophore d’Amérique, puis diffusé sous format imprimé par les éditions orthodoxes Holy Cross de Boston.

À la suite du Concile de Crète, réuni en juin 2016, qui avait adopté un document assez bref sur «  La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain » (Contacts 255, 3e trim. 2016, p.  306-319), le patriarche oecuménique Bartholomée a encouragé la poursuite d’une réflexion sur une formulation du traitement orthodoxe des questions sociales face aux défis de notre temps. Une commission de théologiens, pour une majorité américains, s’est alors constituée en vue de l’élaboration du présent document, qui a reçu l’approbation du saint-synode du Patriarcat oecuménique, mais n’a qu’un caractère semi-officiel. Cela le distingue, outre la différence de contexte, du document officiel « Fondements de la conception sociale » publié en 2000 par le Patriarcat de Moscou et suivi en 2008 par un autre document officiel, «  Fondements de l’enseignement de l’Église orthodoxe russe sur la dignité, la liberté et les droits de l’Homme ».

Désireux de promouvoir, dans une perspective universelle, une façon d’être au monde en accord avec la foi chrétienne orthodoxe, ce nouveau document balaie en 82 paragraphes sept principaux domaines d’action dans lesquels le chrétien est aujourd’hui appelé à s’engager, dans un esprit d’amour et d’ouverture envers ses contemporains : l’articulation entre l’Église et l’État, le cours de l’existence humaine de la conception au repos final, la question centrale de la pauvreté et de la justice sociale, la réponse à la guerre et à la violence, les relations oecuméniques et interreligieuses, l’approche des droits de l’Homme, le rapport aux sciences, aux technologies et au monde naturel.

S’il adopte la forme et le ton d’une encyclique générale, ce message s’enracine dans une approche particulière de l’orthodoxie héritée du renouveau théologique du xxe siècle, largement tributaire des apports de la diaspora russe en Occident. Il ne s’agit pas d’un manuel d’éthique individualiste précisant de manière directive des règles d’action face au monde : c’est toute la différence entre éthos et éthique. Le point d’entrée est la communauté ecclésiale, dans laquelle chaque chrétien orthodoxe peut se reconnaître, qui expose sa conception du monde enracinée dans l’Écriture et la Tradition des Pères. La vision de l’Église qui s’en dégage est celle d’une communauté eucharistique engagée au coeur du monde, dans lequel il lui incombe de partager la joie de la Résurrection en des termes et des signes visibles, compréhensibles et recevables aujourd’hui. La liberté et la responsabilité éminente de chaque personne face à son existence et à celle de son prochain sont particulièrement mises en avant : le texte insiste sur le chemin ordonné à la vocation personnelle du baptisé –  dynamique positive de déification par l’accomplissement du commandement d’amour  – plutôt que sur une régulation morale imposant des interdits. Chaque analyse thématique se fonde sur l’Écriture et le témoignage patristique avant de proposer une synthèse répondant à la spécificité des enjeux actuels.

Achevé avant le début de la pandémie qui sévit depuis mars 2020, ce texte propose un regard sur les technologies et les réseaux qui aurait probablement été étoffé s’il avait été conçu quelques mois plus tard, mais il n’en suggère pas moins des pistes pertinentes pour faire face à cette situation nouvelle  ; de même en ce qui concerne la juste place à accorder à la médecine. Certains estimeront que les positions défendues par ce document sont souvent trop alignées sur les canons d’une morale bienpensante, que la reconnaissance de l’ecclésialité des grandes Églises chrétiennes non orthodoxes est trop timide et timorée par crainte de réactions fondamentalistes. D’autres pourront regretter que la question de la place des femmes dans la société et dans l’Église ainsi qu’une réflexion spécifique sur le genre, enjeux actuels de nos sociétés travaillées par une reconnaissance des diversités, n’ont pas été assez prises en compte ou approfondies. Il reste que tout ne peut pas se faire en un jour et que les communautés orthodoxes répandues dans le monde sont très diverses par leur approche et leur expérience historique. S’agissant d’un texte «  martyr  » s’adressant à tous et pas seulement aux Occidentaux, ce document déjà diffusé en quinze langues doit passer, à travers l’oikouménè orthodoxe et au-delà, par un processus de réception ecclésiale qui en montrera les acquis et les limites. En attendant, il offre déjà une synthèse équilibrée et ouverte sur le mode de vie des chrétiens dans le monde du début du xxie siècle, une contribution essentielle si l’Église orthodoxe veut continuer à transmettre le message de vie reçu par les Myrrhophores au matin de Pâques.

Contacts

Sommaire

Liminaire
[p. 145-147]

I. Introduction:
[151-157]

II. L’Église dans la sphère publique
[p. 158-167]

III. Le cours de la vie humaine
[p. 168-187]

IV. Pauvreté, richesse et justice sociale
[p. 188-203]

V. Guerre, paix et violence
[p. 204-214]

VI. Relations oecuméniques et interreligieuses
[p. 215-224]

VII. Orthodoxie et droits de l’Homme
[p. 225-235]

VIII. Science, technologie et monde naturel
[p. 236-249]

IX. Conclusion
[p. 250-255]

Chronique
[p. 256-257]

Bibliographie
[p. 258-276]