Contacts, n° 277

N° 277 – 1er trim. 2022
télécharger en pdf
commander en format papier

Liminaire

Alors que la folie de la guerre s’abat sur nos frères ukrainiens, le temps de préparation à Pâques que constitue le Grand Carême nous enjoint particulièrement à trouver en nous le chemin de la paix. Cette paix intérieure, appelée à rayonner sur le monde, trouve sa source en Celui qui nous a « laissé sa paix » (voir Jn 14,27) et qui vient en nous aimer nos ennemis. Le Fils de Dieu s’est fait pleinement homme, semblable à nous, pour qu’en Christ notre nature humaine puisse être entièrement pénétrée des énergies divines. Cette progression depuis notre humanité déchue jusqu’à la divino-humanité passe par une rencontre avec le Dieu-homme. Une rencontre qui ne néglige aucun aspect de ce que nous sommes, à commencer par notre dimension sensible. L’expérience de ceux qui se sont approchés du Seigneur nous enseigne que la participation à la Lumière divine est une réalité perceptible, correspondant à la définition de l’Apôtre théologien : « Dieu est lumière » (1 Jn 1,5). Les études contenues dans le présent volume nous proposent de considérer le mystère de l’union à Dieu selon le point de vue expérientiel de divers auteurs.

Déjà au Ve siècle Diadoque de Photicé, dont la théologie est exposée dans la belle étude proposée par Georgiana Huian, emploie le terme d’« énergie » (energeia) pour caractériser les différentes influences qui s’exercent sur l’homme, en particulier « les influences lumineuses, spirituellement productives et porteuses de paix » générées par Dieu, avec qui nous sommes appelés à collaborer.

Au VIIIe siècle, la synthèse théologique de saint Jean Damascène, que présente Michel Stavrou dans le deuxième article, s’appuie sur la pensée des Pères cappadociens pour situer la place du Saint-Esprit dans la Trinité, Saint-Esprit qui resplendit sur nous à partir du Fils sur lequel Il repose, pour nous amener au Père. Jean Damascène nous ouvre ainsi une compréhension de la procession du Saint-Esprit du Père par le Fils, garante de notre participation à la vie divine.

L’étude qui suit, du père Adalberto Piovano, permet une plongée concrète dans la réalité du chemin vers Dieu en proposant une vision du monachisme athonite à partir d’un point de vue bénédictin. S’appuyant sur le témoignage de moines pèlerins occidentaux, l’auteur montre combien, au-delà des dissensions que l’on connaît entre Orient et Occident chrétien, la quête de l’union à Dieu permet entre les moines des deux traditions un dialogue en profondeur, notamment concernant la prière, et révèle une expérience commune de la lumière divine en évoquant sur ce point le témoignage de saint Benoît.

Le dernier article du volume présente une réflexion originale d’Alexandre Damnianovitch sur la nature et le rôle spécifique de la musique liturgique, soulignant l’importance de la dimension expressive de la musique portant les paroles de la prière. C’est ainsi la personne tout entière, par son intellect mais aussi ses émotions, qui est appelée à entrer en dialogue avec Dieu. Un dialogue débutant par l’expérience sensible qui ouvre en nous une dynamique de participation à la vie divine, par laquelle nous ne cessons de devenir plus pleinement nous-mêmes. Dans ce mouvement, Dieu vient dilater nos cœurs aux dimensions de son amour et établir en nous sa paix pour en irradier l’univers.

Contacts

Sommaire

Liminaire
[p. 3-4]

» Dans l’orbe de la divine lumière « :
étude sur l’anthropologie de Diadoque de Photicé (Ve s.) à partir du verbe energein 
Georgiana Huian
[p. 5-29]

La pneumatologie de saint Jean Damascène et son actualité 
Michel Stavrou
[p. 30-45]

Le monachisme bénédictin et le Mont-Athos :
la rencontre entre deux traditions

Adalberto Piovano, o.s.b.
[p. 46-78]

La musique et la théologie dans le chant monodique
Alexandre Damnianovitch
[p. 79-102]

Chronique
[p. 103-113]

Bibliographie
[p. 114-136]