Contacts, n° 237

N° 237 – 1er trim. 2012

Liminaire

Le début de cette année 2012 est marqué par le troisième anniversaire du repos en Christ de notre ami Olivier Clément (1921-2009) qui a assuré la responsabilité de la revue Contacts de 1959 à 1993 et a laissé, à travers ses nombreux livres et articles, une œuvre théologique d’une rare profondeur en dialogue avec le monde d’aujourd’hui. Nous publions à cette occasion le texte d’une causerie où il présentait de manière lumineuse « quelques aspects de l’expérience de la foi ». Il rappelle que le chrétien doit savoir sortir de la célébration liturgique en vivant sa foi au quotidien pour « faire eucharistie en toutes choses », que ce soit le travail, l’art, la politique, sans qu’aucun de ces domaines de la vie sociale ne devienne en soi un absolu, car la finalité de l’homme est au-delà de ce monde. Que la mémoire d’Olivier soit éternelle !
Face au nécessaire engagement des chrétiens sur la scène de l’histoire, il y a le rappel non moins essentiel que, comme le pressentais Arthur Rimbaud, « la vraie vie est ailleurs ». Manifester cette vérité est le sens même de la vocation monastique, toute orientée vers la venue du Royaume de Dieu accessible en Christ. C’est ce qu’explique dans une belle méditation intitulée « Le monachisme : consécration de l’homme à Dieu », l’archimandrite Basile (Gondikakis), ancien higoumène, aujourd’hui retiré dans un ermitage près du monastère d’Iviron, sur la côte nord-est du Mont Athos. L’appel monastique, explique-t-il, procède d’un dynamisme caché dans la nature humaine et mû par la grâce du baptême, et il est offert au moine et à toute l’Église. Cet appel à la solitude reçu par le moine le conduit à l’expérience d’une communion universelle qui est offrande, et qui est regard bienveillant et priant sur le monde : « Notre époque, que nous ne cessons de critiquer, est bonne parce qu’elle est tourmentée », note le P. Basile en appelant à une rencontre entre les sciences et la théologie chrétienne.
Le sens de l’Église est également abordé, sous un angle différent, par le métropolite Kallistos Ware. Dans une étude stimulante intitulée « Les fondements patristiques de la sacramentalité orthodoxe », il étudie la généalogie, dans l’Église d’Orient, de la notion de sacrements ou plus précisément de mystères dont la finalité n’est autre que de manifester le mystère par excellence en assurant la « présence du Christ incarné au milieu du Peuple de Dieu en célébration ». La sacramentalité ecclésiale découle donc directement de l’Incarnation du Christ et manifeste la divino-humanité qui nous est offerte dans la grâce de l’Esprit Saint. C’est pourquoi le seul et unique ministre des sacrements est le Christ lui-même, invisiblement présent et manifesté en celui qui officie, l’évêque ou le prêtre, comme l’atteste la praxis liturgique orthodoxe.
Dans ses « Considérations sur le ministère presbytéral », le père Christophe D’Aloisio prolonge, à son tour, ces réflexions en proposant une remarquable mise au point et synthèse sur la signification chrétienne du ministère ordonné et ses implications concrètes, à la lumière de l’acquis ecclésiologique de la diaspora russe en Europe occidentale au XXe siècle. Il note l’ambiguïté, au moins en français, de la notion de « prêtre » qui désigne à la fois celui qui offre le sacrifice (en ce sens tout baptisé, membre du peuple de Dieu, est « prêtre » sur l’autel de son cœur) et l’« ancien » chargé, par une communauté, de présider l’eucharistie au nom de l’évêque. À la suite du P. Nicolas Afanassieff, il rappelle que les ministres ordonnés agissent toujours en concélébration avec le reste du peuple, qu’il n’y aurait pas d’officiants à l’autel s’il n’y avait d’abord une concélébration du peuple de Dieu tout entier (avec les évêques et les prêtres) autour du Christ unique Grand-Prêtre à la Droite du Père céleste. Le père D’Aloisio réfléchit de façon suggestive au rôle du collège presbytéral de l’Église locale qui, tout en valorisant la conciliarité ecclésiale, pourrait davantage assister l’évêque dans sa gouvernance et jouer un rôle utile lors de l’élection d’un évêque.
Enfin, Paul Ladouceur, dans une étude historique fouillée, retrace de manière très informée la relation complexe qui a uni durant une vingtaine d’années deux des plus illustres théologiens, enseignants de l’Institut Saint-Serge à Paris dans l’Entre-deux-guerres : Serge Boulgakov (1871-1944), artisan de la sophiologie et digne héritier de la philosophie religieuse russe, et Georges Florovsky (1893-1979), père de la synthèse néo-patristique. Il retrace les rapports parfois difficiles entre les protagonistes d’un conflit qui opposait deux approches au sein de la théologie orthodoxe moderne, et montre l’importance des milieux de la Diaspora russe qui les soutenaient, notamment de la fraternité Sainte-Sophie et de la fraternité Saint-Photius, aujourd’hui disparues. On se félicite de ce que ces deux grands « chercheurs de la Vérité », malgré la divergence de leurs perspectives théologiques, entretenaient des rapports authentiquement fraternels, étant bien conscients de ce que, au-delà de leurs différends, ils œuvraient tous deux « dans le même vignoble ».
Toute la rédaction de Contacts souhaite à ses fidèles abonnés une sainte période de Carême sur la voie de la fête pascale, et prie une nouvelle fois ceux qui ne l’auraient pas fait de régler leur abonnement 2012, pour nous éviter d’inutiles lettres et démarches de rappel. Rappelons qu’il est aisé, pour un coût minime et de façon sécurisée, de régler l’abonnement par carte de crédit sur le site internet de la revue (voir en p. IV de couverture).
(www.revue-contacts.com).

Contacts

Sommaire

Liminaire
[p. 2-4]

Quelques aspects de l’expérience de la foi
[p. 5-13]
Olivier Clément

Le monachisme : consécration de l’homme à Dieu
[p. 14-22]
Archimandrite Basile Gondikakis

Les fondements patristiques de la sacramentalité orthodoxe
[p. 23-35]
Métropolite Kallistos Ware

Considérations sur le ministère presbytéral
[p. 36-55]
Christophe D’Aloisio

« Aimons-nous les uns les autres » : Serge Boulgakov et Georges Florovsky
[p. 56-87]
Paul Ladouceur

Bibliographie
[p. 88-111]