Liminaire


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Nous voici entrĂ©s de nouveau dans ce temps privilĂ©giĂ© d’attente de l’Incarnation du Verbe, rythmĂ© sur le plan liturgique par la mĂ©moire des prophĂštes qui ont annoncĂ© la venue du Messie, ainsi que des ancĂȘtres du Seigneur. Avec les journĂ©es qui s’Ă©courtent et le froid qui s’installe, ce temps semble propice Ă  retrouver le chemin de notre vie intĂ©rieure. Un tel recentrage sur soi-mĂȘme n’est cependant pas synonyme de coupure avec le monde, dont nous ne pouvons ignorer les souffrances. Comme le souligne l’anaphore eucharistique de saint Jean Chrysostome, « ce qui est Ă  Toi, le tenant de Toi, nous Te l’offrons pour tout et en tout ». L’attente de la naissance terrestre du Christ se fait dans la solidaritĂ© avec tous ceux qui connaissent la tribulation et auxquels la venue du Dieu fait chair ouvre un horizon d’espĂ©rance qui dĂ©passe les limites de cette existence.

Cette livraison s’ouvre par un message de NoĂ«l Ă©crit l’an passĂ© au cƓur de la tourmente, celle de la guerre fratricide qui sĂ©vit toujours en Syrie et celle de la pandĂ©mie. Le mĂ©tropolite syrien Mgr Sabba adresse Ă  Dieu un cri de dĂ©tresse auquel nous ne pouvons que nous associer, pour que Celui qui maintient tout envoie Ă  ceux qui sont Ă©prouvĂ©s la force de ne pas dĂ©sespĂ©rer et de redresser la tĂȘte comme « la fleur de tournesol qui nous dit que notre maison est en haut ».

Ces vingt mois vĂ©cus au rythme de l’Ă©pidĂ©mie n’ont pas cessĂ© d’alimenter rĂ©actions et rĂ©flexions, en particulier au sein de l’Église. Nous publions ici deux textes qui souhaitent Ă©clairer par la thĂ©ologie orthodoxe les dĂ©fis posĂ©s par la situation actuelle. La brĂšve mise au point du pĂšre Cyril Hovorun, Ă©crite Ă  chaud en mars 2020, entend prendre du recul sur une approche quasi-magique des Saints Dons, en rappelant le danger de dualisme auquel nous confronte une vision qui nierait toute possibilitĂ© de contamination par la participation Ă  la communion eucharistique. L’Ă©tude plus rĂ©cente du thĂ©ologien laĂŻc Thanassis Papathanassiou part des positions de penseurs contemporains sur la pandĂ©mie pour se demander quelle pourrait ĂȘtre une juste attitude de l’Église rĂ©pondant, au sein de cette situation Ă©pidĂ©mique particuliĂšre, Ă  sa mission de proclamation de l’Évangile dans un esprit de solidaritĂ© avec la sociĂ©tĂ© environnante, ce qui nĂ©cessite la « prise de conscience de notre ecclĂ©sialitĂ© en chaque circonstance ».

DĂ©couvrir et vivre le lien ontologique qui unit l’ensemble des ĂȘtres humains, tel est l’un des dĂ©fis que pose la pandĂ©mie. Au plan thĂ©ologique, la dĂ©finition de ce lien passe par l’expression d’un juste Ă©quilibre entre nature et personne, Ă  l’image mĂȘme de la dynamique trinitaire. C’est ce que propose Dario Chiapetti dans sa reprise de la pensĂ©e du thĂ©ologien Mgr Jean Zizioulas. Mettant en lumiĂšre les soubassements patristiques de la pensĂ©e du mĂ©tropolite Jean, Chiapetti mĂšne une Ă©tude exigeante ayant pour point de mire la figure du PĂšre cĂ©leste, garant de la libertĂ© personnelle.

Cette dynamique d’unitĂ© dans la diversitĂ© est sans cesse appelĂ©e Ă  s’incarner dans la rĂ©alitĂ© de nos vĂ©cus ecclĂ©siaux. La situation des orthodoxes en Europe occidentale s’accompagne d’une prise de conscience particuliĂšre de la nĂ©cessitĂ© d’harmoniser les spĂ©cificitĂ©s de chacun, selon sa tradition d’origine, dans la recherche commune d’une conversion permanente au Christ. La mise en place – sous l’impulsion de laĂŻcs de diffĂ©rentes juridictions – d’un comitĂ© de coordination Ă©piscopal orthodoxe en France, il y a plus de cinquante ans, devenu par la suite une assemblĂ©e des Ă©vĂȘques, constitue l’une des Ă©tapes majeures de cette recherche. Dans son article, Natalie Depraz revient sur les circonstances historiques et les enjeux de la crĂ©ation de l’AssemblĂ©e des ÉvĂȘques orthodoxes de France (AEOF). Cette rĂ©trospective intervient dans un contexte particulier : les rĂ©centes ruptures de communion qui, sans fondement thĂ©ologique, dĂ©naturent le corps de l’Église, confrontent, notamment en France, nombre de familles et de paroisses Ă  des dĂ©chirements internes.

Dans la derniĂšre Ă©tude de ce volume, consacrĂ©e aux enjeux de la prĂ©sence de l’orthodoxie en Occident, Daniel Lossky souligne pourtant combien il est essentiel pour les orthodoxes d’Europe occidentale d’offrir un tĂ©moignage de vie en Église qui, tout en Ă©tant en pleine communion avec les Églises orthodoxes territoriales, recherche un dialogue constructif, tant avec le monde occidental qu’avec les autres confessions chrĂ©tiennes prĂ©sentes depuis des siĂšcles : « Un tel tĂ©moignage n’est pas une revendication mais une nĂ©cessitĂ© pour porter l’Évangile. »

L’arrivĂ©e d’un nouveau mĂ©tropolite Ă  la tĂȘte de la MĂ©tropole grecque en France, Ă©vĂ©nement susceptible de relancer la dynamique de l’AEOF, sonne comme l’espĂ©rance de retrouver un chemin de dialogue au plan local. Seule une Église dont les membres seront les tĂ©moins vivants de la charitĂ© qui les unit dans le Christ sera en mesure de proclamer que « Dieu est avec nous ».

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