Présentation de l'article proposée par la revue Contacts avec assistance LLM
Cet article de Paul Evdokimov, issu d'un discours prononcé à la Sorbonne en 1967, propose une lecture orthodoxe de l'Épître aux Romains (Rm 8, 28-30), en particulier des notions de prescience et de prédestination. Par une approche théologique et historiosophique, Evdokimov confronte la tradition patristique orientale à l'augustinisme occidental et à ses prolongements réformés. L'idée centrale est que la tradition orientale refuse toute prédestination restrictive au profit d'un appel universel au salut, fondé sur l'« amour fou » de Dieu — le *manikon eros* de Nicolas Cabasilas — qui respecte et même conditionne la liberté humaine. L'apport de l'article est double : il offre une relecture ecclésiologique et universaliste de Romains 9, dissociant destin historique d'Israël et salut individuel, et il propose la théologie orientale comme ressource œcuménique pour dépasser les impasses du déterminisme occidental.
Rm 8, 28-30
Depuis Luther, l'Épître aux Romains est un des écrits probablement les plus médités et discutés en Occident, par contre beaucoup moins dans l'Orient, car l'Orient n'a jamais suivi saint Augustin et n'a connu dans son histoire ni la Réforme ni la Contre-Réforme. C'est pourquoi, à la lumière de la tradition orientale, le message de l'Apôtre peut prendre des accents différents.
Saint Augustin, docteur de la doctrine du péché originel, a mis dans sa thèse pessimiste de la massa damnata l'accent le plus fort sur la corruption radicale de la nature humaine. Tôt ou tard, une pareille vision appelle logiquement, avec une acuité tragique, sa fatale conséquence – et c'est la doctrine de la double prédestination. Elle signifie que le Christ, dans sa miséricorde, n'a versé son sang que pour les élus, et que le reste de l'humanité est l'objet de la colère divine et de sa justice.