Liminaire


Liminaire

Ce volume de Contacts vient compléter et achever celui de juillet-septembre 2003 (n° 203), consacré au père André Scrima (1925-2000).

On y lira d’abord un témoignage d’Anca Vasiliu, qui tente d’approcher le mystère de la personne de celui qui se savait étranger et donnait ainsi à percevoir, dans la poésie de sa présence, quelque mesure de Celui qui est partout présent et se donne à rencontrer dans le passage de quelques icônes vivantes. Fraternité en Christ, paternité selon l’Esprit, l’influence du père Scrima fut de celles qui invitent à prendre conscience de soi et à saisir qu’en la vérité intérieure de chacun se fait entendre une réponse au don de l’être. Au-delà de la présence et de l’absence du frère, du père, demeure cette trace, sans ombre, d’une lumière qui appelle le regard. Cette lumière est celle du Christ, réelle présence de la Sainte Trinité.

Au plein centre des questions qui touchent l’infusion-effusion de l’Esprit chères à André Scrima, il y a celle des seuils de compatibilité, spirituelle et culturelle, entre le christianisme et les grandes civilisations, des cohérences internes de celles-ci, donc de leur fermeture relative et de leur ouverture au texte du Livre que l’Apocalypse décrit comme tout écrit à l’extérieur. Ce point est d’autant plus actuel que tant de théologiens orthodoxes, consciemment ou non, réduisent l’orthodoxie à l’« hellénisme chrétien » ou à la civilisation « pravoslave », oubliant que la « vie nouvelle en Christ, mue par le Saint Esprit » (S. Boulgakov) peut a priori féconder toutes les cultures humaines, en ce qu’elles ont de meilleur. C’est de cette grande question que nous entretient Alain Riou, dominicain eurasien, un homme tout personnellement désigné à cette fin et, tout autant, requis par ce défi apparemment, humainement, insurmontable.

Toujours dans le sillage d’André Scrima, nous sommes amenés à voir, avec Virgil Ciomos, comment et combien la phénoménologie peut être, par sa manière de poser les questions du sens et de l’être, particulièrement adéquate à la saisie du propos théologique et de la dimension spirituelle du christianisme, tels qu’ils sont appréhendés par la vivacité d’un des courants majeurs de la pensée contemporaine.

Comme on a pu le réaliser dans le premier volume qui lui était consacré, la présence lumineuse du père Scrima se perçoit surtout dans ses homélies. On en lira quatre. Sur la résurrection de Lazare invite à espérer à partir de l’expérience de la mort telle que le Christ l’a mise en évidence : inhumaine et cependant glorieuse par le fait que le Christ l’a prise en charge ; invitant à la foi, qui nécessite de briser les fermetures de l’intelligence. L’apparition au bord du lac met la conscience en présence de la lumière du Christ ressuscité. Avancez en eaux profondes fait comprendre qu’en entrant dans l’année liturgique, il convient de pénétrer, sans atermoiements, dans la profondeur de la confiance en Dieu qui fait toutes choses nouvelles. Tendresse divine montre que l’amour du Christ pour chaque être humain est inhérent à la racine même de Sa propre vie et que c’est là que renaît sans cesse Sa miséricorde pour tout être.

La suite et fin du texte d’André Scrima, Le temps du Buisson ardent. Rencontres autour d’un pèlerin étranger s’engage dans une longue explication de la mission qui échoit au père spirituel, veilleur-éveilleur partagé sans division, associant sans confusion la part personnelle et impersonnelle de ce qu’il est et de ce qu’il manifeste. Selon le mode associatif et analogique propre à la pensée du théologien roumain, ce développement donne lieu à un commentaire iconologique des « saintes Femmes au Tombeau », puis à une méditation sur la nature messagère et missionnaire de l’ange, pour en arriver à évoquer proprement l’« étranger envoyé ».

De l’icône au texte, puis à la texture et au symbolisme sous-jacent au tissage, André Scrima nous conduit à approfondir le mystère du Livre tel que l’Apocalypse le donne à voir, écrit aussi bien dedans que dehors, faisant le tour du temps, de l’espace et de l’être créé, et qui est comme le cristallin de l’œil de la Sagesse créatrice, elle-même incréée. Ce mystère, et son rayonnement, n’est autre que la voie que montre et actualise l’« envoyé étranger », qui guide et attend, comme la miséricorde de Dieu, le retour-arrivée de l’homme en cheminement, que la participation eucharistique va faire renaître et advenir à la vraie vie.

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