Dans ce numéro de Contacts, nous sommes heureux de présenter à nos lecteurs l’attachante et originale figure d’un moine roumain, le père André Scrima. À l’instar du père Paul Florensky en Russie, ce grand spirituel était passé par une formation intellectuelle élargie aux domaines de la philosophie, des sciences, ainsi que de la théologie. Son esprit universel le rendait prêt à dialoguer avec les personnalités les plus diverses, à établir des liens entre l’hésychasme et certains mouvements religieux aux Indes, comme à s’intéresser aux monastères contemplatifs en France. Homme de grande ouverture, il est envoyé par le patriarche Athénagoras comme observateur du concile de Vatican II. Il vécut, de 1947 à 1956, la première période du régime communiste en Roumanie, ce qui n’entrava point son désir de parcourir le monde, à la découverte de la vie de l’Esprit qui partout s’offre dans une infinie diversité.
D’abord deux témoignages. Celui du père Élie, higoumène du monastère Saint-Georges à Deir-el-Harf (Liban) et disciple de la première heure d’André Scrima. Le monastère Saint-Georges s’est structuré spirituellement à partir de 1959 autour de la présence du père André qui en avait fait son port d’attache entre ses incessantes et souvent longues pérégrinations à travers le monde entier. Aujourd’hui encore, dans ce monastère, une veilleuse demeure allumée nuit et jour dans la cellule du père André.
L’autre témoignage est celui de sœur Noëlle Devilliers, ermite catholique rattachée à la communauté des Béatitudes. Sœur Noëlle, ayant rencontré le père André dès son rattachement au monastère Saint-Georges, devint son disciple et restera en contact permanent avec lui jusqu’à la fin des années soixante-dix.
En deuxième partie, nous laissons la parole à l’homme lui-même avec un très beau cours sur la « Théologie de l’office byzantin », suivi d’un choix d’homélies prononcées au monastère Saint-Georges. Leurs transcriptions réalisées à partir d’archives sonores n’ont pas été revues par l’auteur.
Enfin, nous publions la première partie d’un grand texte intitulé Le temps du Buisson ardent. Ce commentaire d’une lettre spirituelle centrée sur la tradition hésychaste montre l’actualité vivante de celle-ci au sein d’un cercle d’intellectuels roumains, moines et laïcs. Ce groupe se rassemblait discrètement durant quelques années à la fin de l’époque stalinienne – pas assez discrètement puisque la police eut vent de ces rencontres et y mit fin brutalement en arrêtant tous ses membres – pour réfléchir au renouveau de l’orthodoxie à travers la doctrine et l’esprit de l’hésychasme, contre l’institutionnalisation de la foi et l’officialisation de la tradition spirituelle au sein d’une Église nationale. Ses réflexions ne se cantonnaient pas au domaine religieux mais s’ouvraient à tous les champs du savoir, mis en perspective par l’approche théologique. On discerne l’actualité encore brûlante d’une telle démarche.
Toute la vie et la réflexion d’André Scrima resteront déterminées par ce point de départ qui constitua à la fois son profil d’intellectuel et son entrée dans la vie monastique. Ayant quitté la Roumanie en 1956, il y revient en 1992 et meurt le 19 août 2000 d’une maladie de cœur. Il est enterré non loin du grand monastère de Cernica, dans la banlieue de Bucarest, auprès d’autres grandes figures spirituelles roumaines.
Grâce aux travaux d’Anca Vasiliu et d’Olivier Clément que nous remercions tous deux chaleureusement, ce numéro thématique de Contacts, qui paraît juste trois ans après sa mort, est entièrement dédié au père André. Que le Seigneur lui accorde une mémoire éternelle !
Contacts
Rectificatif
Contrairement à ce qu’indiquait, p. 146, le liminaire de notre volume précédent, la parole selon laquelle « les murs qui séparent les saints dans nos Églises ne montent pas jusqu’au ciel » n’est pas du métropolite saint Philarète de Moscou mais du métropolite Platon de Kiev.
