Dans un monde troublé par la violence des actes terroristes, un monde, avant le mois de septembre, benoîtement installé dans son confort et ses certitudes, l’apport de l’hésychasme, comme celui de la folie en Christ, donne une bouffée d’air frais. Hésychasme et folie en Christ ne renient pas la violence, indispensable pour « s’emparer du Royaume », pour mener le combat contre les passions, mais cette violence est étrangère à celle des fanatiques semeurs de mort, comme à celle des manœuvres guerrières pour étouffer dans l’œuf des actes terroristes. Hésychasme et folie en Christ sont au cœur du message évangélique proclamé par celui qui se disait « doux et humble de cœur » et qui a dénoncé la folie du prince de ce monde par la folie de la Croix. Ces deux thèmes, étroitement apparentés, forment le fil conducteur de ce numéro.
Dans « Les récits d’un pèlerin russe, un itinéraire spirituel », Daniel Vigne nous invite à reprendre la route avec cet attachant pèlerin, et propose une relecture de ces récits, imprégnée d’une chaude sympathie. La pratique de ce mode de prière, dit-il, ne se limite pas aux milieux monastiques, mais peut être proposée à tous ceux, moines ou laïcs, sans considération de l’Église à laquelle ils appartiennent, qui seraient attirés vers elle par un appel intérieur.
Avec « Saint Benoît Labre : "fol en Christ", le pèlerin russe de l’Occident », nous sommes entraînés sur les routes de la sphère occidentale en compagnie d’un autre pèlerin, tout autant assoiffé d’absolu, qui égrènerait non la prière de Jésus, mais « des litanies, des psaumes, des Ave Maria ». Lucie Dantoine-Lebreton a su camper avec passion ce personnage loqueteux, objet de la risée de tous, mais dont le regard plongeait dans la lumière du Royaume.
À partir du livre de l’archimandrite Spiridon (Mes missions en Sibérie), Michel Evdokimov retrace, dans « Une pratique de l’hésychasme dans les milieux des bagnards de Sibérie » le portrait d’un homme bouleversé dès l’enfance par la présence du divin dans le monde où il évoluait. Dans cette lointaine Sibérie, où la société rejette ses criminels, Spiridon exerce une paternité spirituelle éclairée par la folie de la Croix, dans la conscience que l’homme le plus perverti reste porteur de l’image de Dieu et a encore une chance de se redresser, et même de devancer bien des bien-pensants sur la voie du Royaume. Le livre est au carrefour de divers courants de la spiritualité russe.
« La folie en Christ de Syrie en Russie » offre une galerie de portraits de ces hommes gagnés par la folie en Dieu, en réponse à la folie de Dieu par amour pour les hommes. Olivier Clément nous conduit dans ces pays d’Orient où l’on retrouve la continuité d’un état de vie assez étranger sans doute au regard des foules de notre temps, gavées de rationalité et indifférentes à ce courant de « folie » qui, toutefois, tire sa sève du message évangélique.
Grand traducteur de la Philocalie, Jacques Touraille parle à sa manière, brûlante, et en un style qui évoque la sobreivresse des ascètes, de la prière dans « l’amour de la beauté », à la fois en homme qui en a exploré les arcanes et en disciple pour qui la prière du cœur, véritable « respiration d’amour », est le fruit d’un combat incessant contre les passions, d’où peut émerger la créature nouvelle. À la suite des Pères du désert, il souligne avec force la dimension cosmique de la prière, l’hésychia intérieure témoignant que la création et la civilisation « ne font jamais que graviter autour d’un centre perdu », un centre que les chrétiens sont appelés non seulement à retrouver mais à incarner et à faire irradier jusqu’à la périphérie du monde.
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Rectificatif
Dans le liminaire de notre numéro précédent, p. 194, l. 10-11, une mauvaise transcription nous a fait écrire : « […] le patriarcat de Constantinople (ce dernier soutenant__les Églises schismatiques [en Ukraine]) », là où il fallait lire : « […] le patriarcat de Constantinople (ce dernier__retenant les Églises schismatiques) ». Il est bien clair que le patriarcat œcuménique, en raison de ses liens historiques anciens et surtout de la sollicitude qu’il exerce – depuis la rupture de la communion avec Rome – au service de l’unité de l’Église orthodoxe, s’efforce de contribuer à la résolution de la situation ecclésiologique complexe et chaotique que connaît l’orthodoxie en Ukraine actuellement. Constantinople entretient des contacts discrets avec toutes les parties, y compris et en premier lieu avec l’Église autonome d’Ukraine (rattachée au patriarcat de Moscou), qui est l’unique Église orthodoxe canonique en ce pays.
