Liminaire


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Une bonne partie de ce numĂ©ro est consacrĂ©e Ă  la publication de lettres inĂ©dites du pĂšre Lev Gillet (1893-1980) dont les ouvrages de thĂ©ologie spirituelle constituent un tĂ©moignage majeur de l’Orthodoxie en notre siĂšcle. Introduites par Elisabeth Behr-Sigel, ces lettres Ă©clairent les Ă©tapes et les motifs de l’adhĂ©sion de celui-ci Ă  l’Eglise orthodoxe. On sent l’homme, d’une extrĂȘme sensibilitĂ©, dĂ©chirĂ© entre sa fidĂ©litĂ© Ă  l’Eglise catholique, plus prĂ©cisĂ©ment grecque-catholique, oĂč il avait trouvĂ© en la personne du MĂ©tropolite Szeptitsky, un authentique pĂšre spirituel, et l’Eglise orthodoxe dans sa grande tradition russe, qui rĂ©pondait pleinement alors Ă  son dĂ©sir d’unir le sens du mystĂšre et celui de la libertĂ©.

On trouvera ensuite le texte de la communication faite par le grand thĂ©ologien et philosophe grec Christos Yannaras, au congrĂšs de Saint-Laurent-sur-SĂšvre, dont nous avons dĂ©jĂ  rendu compte. Le thĂšme dominant est celui de l’Ă©ros tel qu’il fut dĂ©veloppĂ© par les PĂšres de l’Eglise Ă  partir du 6Ăšme siĂšcle, et qui ne s’oppose nullement Ă  l’agapĂ© Ă©vangĂ©lique mais l’assume dans une dĂ©marche de communion oĂč la vie ne divise pas.

Enfin Michel Stavrou, un jeune thĂ©ologien qui vient d’entrer dans le corps professoral de l’Institut Saint-Serge, Ă  Paris, analyse la catholicitĂ© de l’Eglise, qu’il ne faut pas confondre, comme on le fait souvent, avec son universalitĂ© gĂ©ographique. La catholicitĂ© spirituelle est une participation au mode d’existence trinitaire, participation qui se rĂ©alise avant tout dans l’eucharistie. Cette notion a Ă©tĂ© reprise et renouvelĂ©e au siĂšcle dernier par la thĂ©ologie russe sous le nom de sobornost, qui dĂ©signe surtout la coĂŻncidence, dans la conscience personnelle, du particulier et de l’universel.

Michel Stavrou, dont la rigueur et l’Ă©rudition sont remarquables, suggĂšre sans s’arrĂȘter — ce n’Ă©tait pas son sujet — que la rĂ©alitĂ© de l’Eglise orthodoxe actuelle est assez loin de ces idĂ©aux. Il faudra un jour, Ă  la lumiĂšre justement des fondements de l’ecclĂ©siologie que prĂ©sente cet article, analyser lucidement cette rĂ©alitĂ© et se demander comment on en est arrivĂ© lĂ .

La rĂ©daction voudrait aussi prĂ©senter ses excuses Ă  M. Patapievici pour les coupures qu’elle a dĂ» pratiquer dans le texte de celui-ci, paru dans le dernier numĂ©ro de "Contacts". Ces coupures ont Ă©tĂ© faites pour des raisons purement techniques — l’interview Ă©tait trop longue pour le volume de la revue. Elles ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es avec le souci de ne jamais dĂ©former ou mutiler la pensĂ©e de M. Patapievici. Nous nous remettons Ă  son indulgence.

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