Liminaire


Liminaire

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Ce numéro s’ouvre — beauté oblige — sur des poèmes de Cristina Crâsmariu Crâciunescu, une poétesse roumaine disparue en 1994, à l’âge de trente-huit ans. Femme de prêtre, elle a su s’exprimer, sans la moindre préméditation littéraire, d’une manière dépouillée, limpide, qui fait songer à une sorte d’hésychasme poétique. La traduction, excellente, est due à notre collaboratrice Anca Vasiliu.

Suivent des textes qui concernent l’actualité. Olivier Clément, dans Moscou et Constantinople, une crise, évoque les origines et le sens (ou le non-sens) du schisme partiel qui secoue actuellement l’Eglise orthodoxe. Il lance discrètement un appel, aussi bien à la diaspora qu’aux nombreuses Eglises autocéphales qui refusent de prendre parti, pour que se multiplient de leur part des tentatives de réconciliation. Véronique Lossky, slavissante de talent, après avoir assisté à la conférence organisée à Bangkok par le Conseil Œcuménique, fait le bilan lucide de l’approche ou plutôt des approches orthodoxes du problème de l’accès ou non des femmes au ministère sacerdotal. Christine Chaillot, une orthodoxe suisse qui s’est vouée au rapprochement des orthodoxes chalcédoniens et non-chalcédoniens, présente succinctement mais clairement la situation des « orthodoxes orientaux en Inde ».

Deux articles proprement théologiques viennent ensuite : Alain Moufarège, un laïc libanais fixé aujourd’hui à Paris, étudie les aspects majeurs des toutes premières élaborations christologiques et montre comment elles savaient à la fois évoquer et respecter le mystère. Le Père Michel Evdokimov apporte une ample réflexion sur le thème de la liberté, un thème particulièrement cher à la pensée orthodoxe mais qu’il envisage sans se borner à celle-ci.

On trouvera enfin deux témoignages historiques. Le premier rejoint la plus brûlante actualité : fragments des mémoires d’un instituteur serbe en Bosnie à la fin du XIXᵉ siècle. Le second est dû à Jean Liamine, fils du compositeur du même nom qui s’efforça d’unir dans son œuvre le génie russe et le génie français et fut tué d’une balle perdue en 1944. Jean Liamine rapporte ici ses souvenirs d’enfant concernant le grand liturge — à la fois compositeur et théologien — que fut Maxime Kovalevsky, dont l’influence a marqué bien des élaborations liturgiques en France, à notre époque, tant dans l’Eglise orthodoxe (Nicolas Lossky) que dans l’Eglise catholique (André Gouze).