De Soloviev à Boulgakov : la réception catholique de l'orthodoxie russe en France
« Si un jeune Français vous parle d'une crise intérieure, cela signifie qu'il passe d'un écrivain à l'autre, par exemple de Proust et Gide à Barrès et Claudel », ironisait Berdiaev dans ses mémoires. Le trait était bien senti : il nous permet aussi d'introduire aux remuements spirituels qui touchèrent les élites françaises quand elles s'ouvrirent au « roman russe » et que tombèrent en avalanche, en l'espace de quelques mois, les traductions des principales œuvres de Dostoïevski et de Tolstoï. Eugène-Melchior de Vogüé, qui fut alors l'un des principaux initiateurs de cette transfusion intensive, ne dissimulait pas ce qui pouvait relever de la mode, du besoin d'évasion et d'exotisme, dans cet engouement : « Région vaste et à peine explorée », la Russie cachait bien le « secret de son être mystérieux » …