Le temps de la grâce

Présentation de l'article établie par la revue Contacts
Cet article est consacré à la figure du père Boris, prêtre et théologien orthodoxe de l'émigration russe, décédé après une longue période d'alitement dans un monastère de Bourgogne. L'auteur, Radu Maras, aumônier du même monastère, propose un témoignage personnel et méditatif retraçant les dernières années de vie de ce pasteur. L'idée centrale est celle d'une progression spirituelle vers la grâce pure : le dépouillement progressif de toute activité extérieure, loin d'être un appauvrissement, révèle une forme accomplie de don de soi, où la vie entière devient liturgie. L'apport théologique de ce texte réside dans l'articulation entre faiblesse humaine et présence sacrée, illustrée par la trajectoire d'un homme dont l'existence incarne la continuité entre célébration eucharistique et offrande personnelle, offrant ainsi une réflexion sur la vocation sacerdotale et la sainteté ordinaire dans la tradition orthodoxe.

« Dis-leur que je suis sympathique ! » Voici comment le père Boris a cru bon de résumer son travail de toute une vie le jour où, me voyant chargé de le présenter en introduction à une de ses conférences, je me suis enquis auprès de lui de ce qui, à travers toute son œuvre de pasteur et de théologien, était le plus important à ses yeux. Il l'a épéé pour moi sur un ton badin, bien en français ; mais, loin d'être dupe, je savais pertinemment qu'il ne pouvait parler que grec. Cette petite conversation pleine d'entrain, comme l'étaient pratiquement tous nos échanges, a eu lieu voici une bonne quinzaine d'années, peu après qu'il a quitté les deux besognes menées de front à la Crypte et à Saint-Serge avec lesquelles sa vie s'était confondue pour se retirer dans sa maison de campagne auprès d'un certain monastère en Bourgogne. …

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