Contacts, n° 247

Contacts, n° 247

Liminaire

Pour honorer le 5e anniversaire du décès de notre ami Olivier Clément (1921-2009), responsable de la revue Contacts de 1959 à 1993, nous sommes heureux de consacrer à sa mémoire le présent volume. Il s’agit d’un recueil de réflexions et méditations sur l’œuvre de l’illustre théologien ; les textes qui suivent ont été présentés lors d’un colloque international réuni à Paris le 16 janvier 2010 et d’une journée d’hommage organisée à Paris le 29 janvier 2011, ou encore (de textes écrits) pour la circonstance. Les auteurs ébauchent ainsi la première réception collective d’une œuvre vaste et diverse comprenant une quarantaine d’ouvrages de théologie, d’histoire de l’Église, de spiritualité et de poésie, ainsi que plusieurs centaines d’articles (on trouvera cette Bibliographie dans le précédent volume d’hommage, Contacts n° 228, paru au 4e trimestre 2009). Toujours percent dans ces témoignages et réflexions le respect, la reconnaissance et l’admiration.

Dans la première partie de ce volume, sur l’homme et l’œuvre, intimement liés, Marko Rupnik et Franck Damour offrent deux méditations complémentaires sur la vie et les écrits d’Olivier Clément. F. Damour souligne en particulier l’association constante et paradoxale chez Clément « de l’angoisse et de l’émerveillement, de l’abîme et de la Sagesse divine ». Christian Badilita présente le travail de sourcier d’un pédagogue qui sut transmettre – avec quel talent ! – l’esprit des Pères de l’Église, tant dans son livre Sources que dans sa longue introduction à la traduction française de la Philocalie. Mgr Stéphane traite de la question difficile et si actuelle de la (très) lente unification de l’orthodoxie en France, à laquelle Olivier Clément consacra ses efforts et sa réflexion – notamment dans l’aventure ecclésiale de la Fraternité orthodoxe en Europe occidentale –, et il rappelle notamment la mise en garde inquiète de Clément il y a près de 40 ans au Congrès orthodoxe d’Amiens (nov. 1977) : « L’injonction du premier Concile œcuménique – « qu’il n’y ait pas deux évêques dans la même ville » – et la condamnation du nationalisme religieux par le Concile de 1872, restent lettre morte ! »

La deuxième partie est consacrée aux liens d’O. Clément avec différentes traditions chrétiennes – orthodoxes et autres – qui nourrissaient sa recherche et à la réception simultanée de son œuvre théologique dans ces espaces particuliers et divers. Vladimir Zelinsky présente avec ampleur « L’œuvre d’Olivier Clément, l’orthodoxie russe et la Russie », tandis que Kaiti Chiotelli étudie finement « L’œuvre d’Olivier Clément et l’orthodoxie grecque ». Jean-Claude Noyé et Denise Dumolin évoquent son activité et son rayonnement exceptionnel dans le monde catholique où il entretint de longues et solides amitiés. Sr Minke de Vries (+), dans « Olivier Clément passeur de Vie, un regard protestant », rappelle aussi le premier engagement œcuménique de celui qui, baptisé orthodoxe en 1952, entra en dialogue – dès 1957 – avec l’univers protestant : « l’ouverture et la reconnaissance de l’apport positif des Églises protestantes de la part de cet homme profondément orthodoxe nous fait du bien », note-t-elle avec humilité.

La troisième partie de ce volume s’intéresse à quelques axes spirituels de l’œuvre de Clément : Dans « L’accueil de l’authentique beauté », Dominique Ponnau rappelle « l’atmosphère de fraternité chrétienne » qu’O. Clément savait susciter autour de lui, et il évoque « un homme à l’esprit immensément ouvert à la multitude des manifestations du rayonnement de l’Esprit Saint présent et actif en toutes choses ». Andrea Riccardi et Bertrand Vergely rappellent le souci d’O. Clément d’affronter la crise spirituelle de la modernité, qui s’est illustrée typiquement lors l’insurrection étudiante de mai 68. Riccardi souligne l’importance des Dialogues avec le patriarche Athénagoras comme première réponse à ce défi des jeunes. Et la réponse du vieux patriarche à une quête spirituelle informulée de la génération d’alors : « Présentez-leur une Église une, qui soit une communauté de vie. Soyez vous-mêmes des vivants. Alors nous en reparlerons ! » Bertrand Vergely rappelle à son tour qu’O. Clément, en digne et libre héritier de la philosophie religieuse russe, engagea toute une réflexion créatrice sur le sens de la modernité : la vraie liberté est finalement celle qui est offerte par la « vie en Christ ». Anca Vasiliu évoque la figure d’Olivier Clément, qui en authentique théologien savait introduire au mystère de l’amour trinitaire, se montrant si sensible à la réalité du visage, donc de l’icône, et au rythme de la prière du cœur. Enfin Mgr Claude Dagens, de l’Académie française, évoque le « grand témoin de la nouveauté chrétienne » qui exerça avec un talent incomparable l’art de « relier sans cesse la réflexion théologique et l’expérience spirituelle ».

La conclusion est la transcription d’une table ronde « L’engagement d’Olivier Clément dans la culture de son temps » modérée par Jean-Claude Polet et réunissant trois amis du théologien : Dominique Ponnau, Michel Evdokimov et Michel Sollogoub.

Enfin Sarah Hinlicky-Wilson étudie la contribution d’Élisabeth Behr-Sigel à la discipline de l’hagiographie. Une des premières et des plus durables intuitions de la théologienne en entrant dans l’Église orthodoxe était que l’ecclésiologie ne peut être coupée de l’hagiographie. Entrer dans l’Église, c’est entrer dans la compagnie des saints, c’est apprendre d’eux ce que signifie suivre le Christ. Néanmoins, elle a imprimer sa marque propre sur l’hagiographie, en l’associant aux préoccupations scientifiques modernes pour l’exactitude historique. Ses écrits hagiographiques sur Juliana Lazarevskaya, Marie Skobtsov, Alexandre Boukharev, Tikhon de Zadonsk, et Lev Gillet – qui n’ont pas tous été canonisés – révèlent à nouveau sa passion de mettre la tradition au service du temps présent. Cette hagiographie renouvelée pourrait désamorcer les craintes et susciter de nouvelles possibilités pour les luthériens et autres protestants.

De cette gerbe de regards et de réflexions croisés sur une œuvre théologique féconde, la figure d’Olivier Clément ressort comme celle d’un grand témoin de la conscience ecclésiale du XXe siècle, ou, comme l’appelle Mgr Claude Dagens, un « veilleur de Dieu ». À propos de ce rôle spirituel que tint Olivier Clément presque malgré lui – et qu’il gardera dans l’avenir à travers son œuvre –, Marko Rupnik a écrit : « C’est parce qu’il a vécu et traversé de nombreuses Pâques, qu’il a pu mûrir et devenir une personne qui suscite paix, bienveillance et profondeur. » Ce que confirme Vladimir Zelinsky  : « Quand il commençait à prêcher sa pensée, j’ai vu comment la force de la Bonne Nouvelle s’épanouissait en lui et comment l’univers alentours recevait un souffle de béatitude. »

Contacts

Sommaire

Liminaire
[p. 265-267]

Une foi qui remplit la vie de lumière, d’amour et de beauté
[p. 271-280]
Marko I. Rupnik

Olivier Clément, un chemin théologique
[p. 281-298]
Franck Damour

Olivier Clément : du bon usage de l’orthodoxie
[p. 299-313]
Christian Badilita

Olivier Clément et l’unification de l’orthodoxie en France
[p. 314-326]
Mgr Stéphane de Tallin

L’œuvre d’Olivier Clément, l’orthodoxie russe et la Russie
[p. 327-340]
Vladimir Zelinsky

L’œuvre d’Olivier Clément et l’orthodoxie grecque
[p. 341-361]
Kaiti Chiotelli

Les amitiés d’Olivier Clément dans le monde catholique
[p. 362-370]
Jean-Claude Noyé

L’une des personnalités essentielles du XXe siècle
[p. 371-378]
Denise Dumolin

Olivier Clément passeur de vie, un regard protestant
[p. 379-385]
Sœur Minke de Vries (†)

L’accueil de l’authentique beauté
[p. 386-390]
Dominique Ponnau

Mai 68
[p. 391-404]
Andrea Riccardi

Olivier Clément : Beauté, résurrection et transfiguration
[p. 405-415]
Bertrand Vergely

Olivier Clément, un visage de l’orthodoxie
[p. 416-425]
Anca Vasiliu

Un grand témoin de la nouveauté chrétienne
[p. 426-433]
Mgr Claude Dagens

L’engagement d’Olivier Clément dans la culture de son temps
[p. 434-445]
Table ronde avec Jean-Claude Polet, Dominique Ponnau, Michel Evdokimov et Michel Sollogoub

Bibliographie
[p. 446-447]