Contacts, n° 253

Contacts, n° 253

Liminaire

« Voici, Je mets devant toi vie et bonheur, mort et malheur. » (Dt 30,15) Ce n’est pas nouveau : du fait de la liberté que Dieu lui a conférée en le créant, l’homme est sur le fil. Suspendu entre ciel et terre, entre plénitude et néant, entre déification et soumission aux suggestions du mauvais. Devant lui s’ouvre l’éventail des possibles. Notre actualité, marquée tant par des actes de violence extrême que par des prises de conscience collective de la nécessité d’œuvrer ensemble pour la sauvegarde de notre planète, ne cesse de rappeler cette diversité de choix propre à l’homme, maître de son avenir. Ce choix crucial, qui incombe à chacun d’entre nous dans le secret du cœur, se fait en communion avec ses semblables – pour le meilleur comme pour le pire.
    Les articles qui suivent explorent de manière différenciée une telle amplitude d’agissements. Ce volume s’ouvre sur un sermon du célèbre spirituel roumain le père Nicolas Steinhardt, converti dans les geôles communistes, ainsi que nous le rappelle dans son introduction Michel Simion qui en a traduit le texte. Méditant sur l’attitude des mages et d’Hérode lors de la naissance du Christ, Steinhardt, qui a payé cher le refus de dénoncer ses compagnons, montre à quel point la délation nous rend complices du démon. L’étude qui suit, de la théologienne Michelina Tenace, revisite l’enseignement d’Olivier Clément concernant le rôle du corps dans notre chemin spirituel, un corps soumis à la loi de la désagrégation physique, marqué par la corruption, mais qui peut aussi devenir, grâce au repentir, le lieu même de notre sanctification et de notre résurrection. S’arrêtant sur le thème du diable dans la littérature, le père Michel Evdokimov compare à son tour la manière dont Gogol et Bernanos expriment, chacun à sa manière, dans leurs œuvres romanesques, la présence des forces infernales dans le monde et la façon dont elles travaillent à perdre l’homme. C’est aussi une comparaison entre un auteur russe et un français que mène Tatiana Victoroff, qui évoque pour sa part les convergences entre sainte Marie (Skobtsov) de Paris et Péguy, deux figures « de l’inquiétude » qui ressentaient avec une acuité aiguë la tension de l’être tiraillé entre des aspirations contraires. La lutte intérieure exprimée dans leur poésie se matérialisera pour tous deux dans le combat historique de la guerre.
    L’étude de l’historienne Marie-Hélène Congourdeau fait état d’une autre division : celle qui meurtrit l’Église, pourtant reconnue comme foncièrement une et sainte. Retraçant l’itinéraire du père Louis Bouyer du protestantisme à l’Église catholique, l’auteure s’interroge sur les raisons pour lesquelles Bouyer n’est pas plutôt entré dans la communion de l’Église orthodoxe dont il était proche. C’est l’occasion de mettre en lumière sa conception de l’Église et de l’unité chrétienne. Érato Paris nous livre ensuite une étude historique très documentée sur la communauté orthodoxe de Marseille au XIXe siècle, la situant dans un contexte de tension ecclésiale et politique entre une conception nationaliste de l’Église et une vision plus universelle revendiquée par le Patriarcat œcuménique, en particulier lors de la condamnation du phylétisme au Concile de 1872. Enfin, dans son exposé des grands principes de l’iconographie orthodoxe, Jean-Claude Polet rappelle que l’icône est l’expression visible d’une présence invisible, manifestation matérielle d’une réalité spirituelle au sein de laquelle l’homme, unifié et pacifié, a enfin accompli sa vocation d’accéder à la ressemblance divine. « Choisis donc la vie, pour que toi et ta postérité vous viviez ! » (Dt 30,19)

Contacts

Sommaire

Liminaire
[p. 2-3]

L’exemple des rois mages et le contre-exemple d’Hérode
[p. 4-11]
Nicolas Steinhardt

Feu et Esprit ou la vie d’Olivier Clément à travers une lecture anthropologique de Corps de mort et de gloire
[p. 12-25]
Michelina Tenace

Présence du surnaturel démoniaque chez Gogol et Bernanos
[p. 26-37]
Georges Nahas

Les saints de l’inquiétude : le christianisme de Charles Péguy et de sainte Marie Skobtsov
[p. 38-53]
Tatiana Victoroff

Le père Louis Bouyer et l’orthodoxie
[p. 54-65]
Marie-Hélène Congourdeau

L’église orthodoxe de Marseille et le Patriarcat œcuménique au XIXe siècle
[p. 66-85]
Érato Paris

Art et spiritualité : l’icône sur le fil du rasoir
[p. 86-101]
Jean-Claude Polet

Chronique
[p. 102-112]

Tribune libre : Un Concile panorthodoxe : pour qui ?
[p. 113-121]
Georges Nahas

Bibliographie
[p. 122-127]