Contacts, n° 37

N° 37 – 1er trim. 1962

Liminaire

GLOIRE A LA SAINTE CONSUBSTANTIELLE ET VIVIFIANTE TRINITÉ

Au Congrès pan-orthodoxe de Rhodes*, s’est accompli — comme l’a dit un délégué de l’Eglise grecque — « le miracle de l’unité ». Pour nous, qui tentons humblement de porter, au cœur tourmenté de l’Occident, le témoignage unificateur et pacifiant de l’Orthodoxie, il nous semble important de reproduire, comme liminaire non seulement à cette livraison de « Contacts » mais à tout notre travail de cette année, la traduction française, établie par nous, du message terminal du Congrès.

L’Eglise comme unité libre, charismatique, comme doxologie trinitaire dans l’amour, la situation providentielle de l’Orthodoxie entre l’Orient et l’Occident chrétiens, l’appartenance à l’Eglise non pour la garantie du salut individuel, mais comme responsabilité pour tous les hommes, la prière du Seigneur pour l’Unité décelée et magnifiée au cœur même de la liturgie orthodoxe, comment définir mieux, en ces temps décisifs, notre devoir et notre service ? Que Dieu fasse de nous, orthodoxes ou amis de l’Orthodoxie en Occident, des hommes en qui « l’amour chasse la crainte ». En vérité, «qu’il sauve son Eglise», « afin que tous soient un ».

Contacts

Chers frères et enfants en Notre Seigneur, que la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ soit avec vous.

Maintenant que notre unique Pasteur, le Christ, a bien voulu permettre que nous nous réunissions tous dans l’île de Rhodes et que nous puissions, comme délégués et dans la mesure de nos forces, porter le témoignage de l’unité indivisible de notre Eglise, en manifestant notre réunion et en répondant ainsi au but propre de notre Conférence, nous prenons aujourd’hui la parole, en toute humilité d’esprit et bonne volonté envers tous, à l’occasion de l’heureux achèvement de notre assemblée que Dieu a bénie avec abondance.

Conscients de notre immense responsabilité devant Dieu et devant les hommes, nous avons examiné, dans un esprit d’accord fraternel, les problèmes du domaine restreint dont nous avions à nous occuper ici et nous avons établi à l’unanimité la liste des thèmes du futur Pré-concile : ces thèmes, qui préoccupent depuis longtemps les Eglises orthodoxes locales et le monde chrétien en général, ont été définis ces jours-ci d’une manière plus rigoureuse et ont trouvé leur expression dans cette liste pour qu’ils soient étudiés et approfondis comme il convient par le Pré-concile et qu’ils trouvent leurs solutions et les décisions qu’ils exigent, par la grâce de Dieu, bonnes et définitives, lors du Concile œcuménique.

Notre réunion ici a constitué un très grand événement. Jamais nous n’avons oublié que, partout, les fils de notre Eglise et aussi le monde chrétien tout entier, avaient les yeux tournés vers nous, vers notre travail. C’est pour la première fois depuis bien longtemps que l’Orthodoxie s’est rassemblée en une conférence qui manifeste autant sa plénitude. Durant ces journées, nous tous, délégués des églises, avons été profondément conscients de l’importance de cet événement et de notre responsabilité devant la grande attente du monde.

Nous quittons cette Conférence fortifiés dans notre foi, notre espérance et notre amour et convaincus de la puissance d’unité de notre sainte Eglise orthodoxe.

Nous avons tenté de mesurer toute la responsabilité de notre Eglise dans les temps actuels, de dégager les problèmes qui se posent dans la vie de nos fidèles comme dans la vie de l’humanité tout entière et nous pouvons assurer tous les hommes que l’Orthodoxie est consciente de son service et de ses devoirs dans tous les domaines.

Nous croyons que les Eglises orthodoxes sœurs, en maintenant la foi salvatrice de nos Pères, se trouvent dans cette unité dont l’archétype divin est l’unité mystique et suressentielle de la Trinité sainte, d’un seul principe et co-régnante. Et cette unité, intérieure et jamais troublée en profondeur, a été manifestée par notre Eglise orthodoxe, particulièrement dans cet événement actuel de son histoire.

L’existence de l’Eglise sur la terre se fonde sur l’unité dans l’amour et par l’amour, par l’accomplissement  de la « loi nouvelle » que le Seigneur nous a donnée, car « sa divine puissance nous a accordé tout ce qui est nécessaire pour la vie et la piété. » (2 Pierre 1, 3).

« Notre Eglise n’est pas faite de murs et de toits, mais de foi et de vie ». C’est le Saint-Esprit qui, dans l’Eglise et par l’Eglise, vivifie l’âme de tout homme, c’est par le Saint-Esprit que l’Eglise annonce sur terre la Bonne Nouvelle, la paix du Christ et qu’elle accomplit « le ministère de la réconciliation », comme le dit Paul, le divin apôtre des nations (2 Cor. 51, 18).

Nous sommes appelés, aujourd’hui plus que jamais, à accomplir la loi du Christ, à porter les fardeaux les uns des autres, à vivre comme on doit le faire « dans la maison de Dieu qui est l’Eglise du Dieu vivant » (1 Tim. 3, 15) et nous avons foi que notre marche sera aujourd’hui et dans l’avenir ce qu’elle fut déjà pendant les grands siècles de l’histoire de notre Eglise, une marche qui édifie et manifeste le Corps unique du Christ, « pour préparer la rédemption et à la louange de la Gloire. » (Ephés. 1, 14).

Ainsi, pleinement conscients que nous sommes responsables devant Dieu des âmes des hommes, de tous les hommes qui vivent sur la terre et sont créés d’un même sang, pleinement conscients que nous appartenons à l’Eglise Une, Sainte, Catholique et Apostolique pour accomplir le commandement d’amour que le Seigneur nous a donné en Son Nom, nous vous prions tous, frères proches ou lointains, « d’avoir la paix en vous » (Marc 9, 50), la paix du Christ, la paix de notre Dieu.

Fortifiés par la prière et les bénédictions de nos Eglises, de leurs premiers pasteurs et du peuple, de la ferveur desquels nous sommes les interprètes, nous saluons dans l’amour tous nos frères du vénérable Orient, auxquels nous sommes liés depuis des siècles par une longue affinité de sentiment et de pensée et aussi nos frères d’Occident avec lesquels nous collaborons sans relâche pour que s’accomplisse le commandement du Seigneur : « Que tous soient un », commandement pour la réalisation duquel notre Eglise n’a jamais cessé de prier.

Nous voulons enfin dire notre espérance que Notre Seigneur Jésus-Christ nous gardera et gardera le monde entier dans Son amour et dans Sa grâce et nous prions que le Prince de la Paix, Jésus-Christ, garde la paix sur terre et la bonne volonté aux hommes. Que le Seigneur notre Dieu sauve son Eglise.

« Frères, que la miséricorde, la grâce, la paix de Dieu notre Père et de son Fils Jésus-Christ soient avec vous, en vérité et en amour. » (2 Jean, 3).

(*) Voir p. 54 La Conférence pan-orthodoxe de Rhodes. Quelques impressions, par N.A. Nissiotis.

Sommaire

Liminaire
Gloire à la Sainte consubstantielle et indivisible Trinité
[p. 1-4]

La Parabole du festin de noces
[p. 5-8]
R.P. A. Turincev

Le starets Macaire
[p. 9-19]
Vladimir Lossky

Note sur le mot moine
[p. 20-22]
Archimandrite Lev Gillet

Un seul évêque dans la même ville
[p. 23-33]
R.P. Jean Meyendorff

C.G. Jung et la théologie
[p. 34-48]
Paul Evdokimov

Un témoignage sur l’expérience liturgique
[p. 49-53]
Charité Saint Servais

Chronique
• La Conférence pan-orthodoxe de Rhodes
[p. 54-57]
N.A. Nissiotis
• A propos du monastère de St. Georges de Deir-el-Harf
[p. 58-61]
Olivier Clément
• La vie religieuse en U.R.S.S. de C. de Grunwald
[p. 62-65]
E. Behr-Sigel

Documents
• Le Patriarcat d’Antioche reçoit dans son obédience trois paroisses américaines de rite oriental
[p. 65]
Antoine Bashir

Courrier des lecteurs
• Le mystère du corps déifié
[p. 66]
R.P. Folkstone

Bibliographie
• L’Eglise orthodoxe – Olivier Clément
[p. 67-68]
• N. Gogol – Prof. V. Zenkovsky
[p. 68-69]
• The Silent Rebellion – A.M. Allchin
[p. 69-71]
• La Renaissance crétoise. XVIe et XVIIe siècles. T.I : La littérature – Alexandre Embiricos
[p. 71-72]

Avis important : Le 8e séminaire orthodoxe en relation avec la liturgie de la Semaine Sainte
[p.72]