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Le Christ est ressuscité !

La FĂȘte des fĂȘtes, sommet de l’annĂ©e liturgique, nous invite Ă  entrer dans un autre temps que celui des Ă©chĂ©ances Ă©lectorales, le temps de la prĂ©sence du RessuscitĂ© dans nos vies. Chaque annĂ©e, le cycle pascal peut nous introduire davantage dans le mystĂšre du Royaume de Dieu vĂ©cu dĂšs Ă  prĂ©sent au cƓur de ce monde. La difficultĂ© pour le chrĂ©tien est d’intĂ©grer dans le cadre mĂȘme de son existence terrestre cette joie eschatologique de la rencontre avec le Christ. C’est seulement s’il a la certitude que tous les aspects de la vie sont appelĂ©s Ă  ĂȘtre transfigurĂ©s qu’il pourra rayonner de la paix et de la joie pascales au sein de cette Ă©poque qui en a tant besoin. Alors, comment ĂȘtre aujourd’hui les tĂ©moins de la RĂ©surrection ?

Le remarquable article d’Olivier ClĂ©ment qui ouvre ce volume rĂ©pond Ă  cette question en des termes qui, bien qu’Ă©crits en 1965, prennent un relief particulier dans notre contexte actuel : le vrai tĂ©moignage, nous dit le thĂ©ologien en s’appuyant sur l’Évangile et toute la Tradition, ne peut ĂȘtre que celui du martyre. « C’est l’humble acceptation des brimades dans l’amour des ennemis qui devient le meilleur tĂ©moignage. » Martyre comme don total de sa vie, mais aussi comme don quotidien de soi qui s’ancre dans une dĂ©marche d’humilitĂ© profonde, de discrĂ©tion et d’abaissement. Tout l’enjeu est de devenir un homme nouveau qui, dans son sillage, renouvelle l’ensemble de la crĂ©ation en la prĂ©sentant Ă  Dieu.

Tirer du neuf du trĂ©sor de l’ancien, telle est la dĂ©marche que propose Sophie ClĂ©ment-Stavrou, professeur de grec ancien et patristique Ă  l’Institut Saint-Serge. Elle montre comment la langue grecque des poĂštes et des philosophes est aussi devenue celle des PĂšres de l’Église pour tenter de dĂ©finir avec des mots humains ce qui Ă©chappe Ă  l’entendement, Ă  savoir le mystĂšre de Dieu et celui de la divino-humanitĂ© du Christ, offerte dans la vie ecclĂ©siale. En redĂ©couvrant toute la richesse du vocable Ă©vangĂ©lique et patristique, nous pouvons accĂ©der Ă  une rencontre plus profonde avec le Seigneur, selon le mouvement crĂ©atif auquel nous invite la Tradition ecclĂ©siale.

Dans ce mouvement, la jeune thĂ©ologienne Julia Vidovic revisite les notions de nature et de personne chez saint Maxime le Confesseur en s’appuyant sur l’interprĂ©tation contrastĂ©e qu’en font deux thĂ©ologiens contemporains, Mgr Jean Zizioulas et Jean-Claude Larchet. L’usage du grec est ici prĂ©cieux pour exprimer les nuances maximiennes quant Ă  l’Ă©quilibre ontologique qui existe entre nature et hypostase. Julia Vidovic montre bien en quoi les PĂšres en gĂ©nĂ©ral et saint Maxime en particulier expliquent la notion de personne non pas Ă  partir de l’anthropologie mais de la thĂ©ologie trinitaire et de la christologie : sans la venue du Christ, il n’y aurait pas de conscience personnelle telle que celle-ci s’est dĂ©veloppĂ©e Ă  travers deux mille ans de christianisme.

Le pĂšre jĂ©suite Nicolas Steeves propose quant Ă  lui de renouveler un autre aspect de nos facultĂ©s humaines susceptible d’aider le croyant Ă  cheminer vers Dieu : l’imagination. Il rappelle que l’imagination est comme un pharmakon, c’est-Ă -dire un remĂšde qui, pris sans discernement, peut devenir un poison, Ă©tant Ă  la fois venin et viatique, malĂ©diction et mĂ©dicament. C’est donc au niveau du dosage qu’il convient de discerner ce que l’imagination peut apporter en thĂ©ologie. Le pĂšre Steeves montre ainsi combien cette instance de la crĂ©ativitĂ© peut ĂȘtre valorisĂ©e dans la vie spirituelle et ecclĂ©siale, Ă©tant dĂ©jĂ  si prĂ©sente dans la Bible et dans l’hymnographie. DĂ©velopper une approche de l’imagination selon une perspective Ă  la fois thĂ©ologique et ascĂ©tique peut constituer un autre mode privilĂ©giĂ© de tĂ©moignage dans le monde, oĂč les images tiennent une place presque prĂ©pondĂ©rante.

La description qu’offre Olga Lossky-Laham de sa dĂ©marche de romanciĂšre vient enfin en illustration d’une telle approche, comme une tentative d’exprimer, en des termes susceptibles de toucher nos contemporains, la beautĂ© de la crĂ©ation appelĂ©e Ă  ĂȘtre pĂ©nĂ©trĂ©e par les Ă©nergies divines.

Que ce temps pascal soit l’occasion pour chacun d’entre nous d’Ɠuvrer Ă  l’avĂšnement du Royaume lĂ  oĂč Dieu nous a placĂ©s, Ă  l’Ă©coute des nĂ©cessitĂ© de notre temps tout en conservant le regard fixĂ© sur la contemplation du RessuscitĂ©.

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