Liminaire


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Le Christ est ressuscité !

Cette stupĂ©fiante nouvelle par laquelle l’Ange accueille le groupe de femmes venues au tombeau embaumer le corps de JĂ©sus nous rĂ©vĂšle le plan Ă©ternel de notre existence. Existence en plĂ©nitude non pas coupĂ©e de la vie prĂ©sente mais appelĂ©e Ă  se dĂ©ployer en elle par notre libre collaboration Ă  l’Ɠuvre divine. Le Seigneur ressuscitĂ© nous y aide Ă  chaque pas par sa pĂ©dagogie semblable Ă  celle d’un parent envers son enfant. Dans le premier article du prĂ©sent volume, le pĂšre Cyrille Argenti (1919-1994) met en lumiĂšre ce processus en se posant la question : Dieu punit-Il ? Usant du langage concret qui le caractĂ©rise, il explicite, Ă  partir d’exemples pastoraux, la façon d’incarner le pardon dans nos vies pour nous conformer toujours davantage au dessein divin. « Le seul pĂ©chĂ© impardonnable, affirme-t-il, est de ne pas croire au pardon de Dieu. »

Il nous est donnĂ© de participer tout spĂ©cialement Ă  la vie nouvelle en Christ ressuscitĂ© grĂące Ă  la liturgie, dont le pĂšre AndrĂ© Scrima (1925-2000) dĂ©veloppe la dimension mystĂ©rieuse dans la deuxiĂšme partie de son essai qui fait suite au premier volet publiĂ© dans le prĂ©cĂ©dent volume (n° 261). « La liturgie reprĂ©sente le temps suprĂȘme de l’Église, son action caractĂ©ristique dĂ©ployĂ©e entre la PentecĂŽte et la Parousie. […] Elle ne cesse pas de soutenir surnaturellement la transformation christique de la crĂ©ation. » Comme le montre le pĂšre Scrima, dans la liturgie, le mystĂšre de la divino-humanitĂ© se laisse connaĂźtre et approprier dans sa profondeur. C’est pourquoi c’est Ă  la liturgie que revient, pour la Tradition orthodoxe, la fonction d’Ă©duquer, d’instruire, et d’Ă©lever spirituellement les communautĂ©s chrĂ©tiennes en tant que communautĂ©s ; elle leur ouvre les portes d’une sensibilitĂ© et d’une intelligence supĂ©rieures du mystĂšre du Christ.

Cette transformation christique en cours dans le temps du salut, le chercheur russe EugĂšne Khvalkov, dans sa remarquable Ă©tude biblique et patristique, nous invite Ă  la discerner en s’interrogeant sur le processus de crĂ©ation du monde, passĂ© et prĂ©sent. Il croise l’approche de la thĂ©ologie orthodoxe et celle de la science contemporaine en montrant le caractĂšre non traditionnel de la posture fondamentaliste et typiquement post-moderniste des « crĂ©ationnistes ». Il se demande dans quelle mesure on peut admettre les thĂ©ories scientifiques contemporaines – concernant l’Ă©mergence et de l’Ă©volution de l’univers et des ĂȘtres vivants – dans le contexte de l’enseignement des PĂšres grecs et de la doctrine chrĂ©tienne orthodoxe. « Le fait que notre nature matĂ©rielle et biologique, notre corps et notre Ăąme soient façonnĂ©s Ă  travers un long processus comprenant de nombreuses Ă©tapes d’Ă©volution depuis la "poussiĂšre prise Ă  la terre" en passant par l’ultime Ă©tape des primates, n’enfreint pas le point principal : c’est l’esprit donnĂ© par Dieu qui constitue l’homme en tant qu’image de Dieu. » Au plan doctrinal, il rappelle que l’Église orthodoxe n’accepte ni ne rejette les thĂ©ories de l’Ă©volution, laissant leur champ d’investigation aux scientifiques et prĂ©servant la puretĂ© de la foi, qui ne repose pas sur l’Ă©tat actuel de la recherche scientifique – elle a des fondements diffĂ©rents qui s’appuient de façon bien plus solide sur la RĂ©vĂ©lation divine. La thĂ©ologie traite des causes ultimes et des idĂ©es centrales de la crĂ©ation, tandis que la science Ă©tudie les causes et les dĂ©terminations immĂ©diates.

Dans le dernier article de ce volume, un jeune thĂ©ologien grec, le pĂšre Amphiloque Miltos, revient sur la notion ecclĂ©siologique de synodalitĂ©/conciliaritĂ© chez saint Cyprien de Carthage (IIIe siĂšcle), remettant en question l’interprĂ©tation qu’en faisait le pĂšre Nicolas Afanassieff. Selon ce dernier, Cyprien aurait adoptĂ© une ecclĂ©siologie universaliste, en nĂ©gligeant la plĂ©nitude catholique de l’Église locale. Le pĂšre A. Miltos propose une relecture contextualisĂ©e de Cyprien qui montre le caractĂšre infondĂ© de cette interprĂ©tation de la part d’Afanassieff. À travers cette mise au point, il invite Ă  discerner une complĂ©mentaritĂ© entre les dimensions eucharistique et universelle de l’Église.

Il y a quelques semaines s’est endormi dans le Christ le pĂšre Jean Roberti, membre du comitĂ© de rĂ©daction de notre revue depuis vingt ans, longtemps doyen des communautĂ©s orthodoxes de l’Ouest de la France. Dans sa rĂ©gion et au-delĂ , il a ƓuvrĂ© pour le rapprochement des Églises chrĂ©tiennes sĂ©parĂ©es et il fut Ă  sa maniĂšre un tĂ©moin fidĂšle de la vie nouvelle en Christ ressuscitĂ©. Que sa mĂ©moire soit Ă©ternelle !

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