Présentation de l'article proposée par la revue Contacts avec assistance LLM
Cet article examine les causes historiques et politiques du concile de Constantinople de 1872, qui condamna le phylétisme, c'est-à-dire la subordination de l'organisation ecclésiale aux appartenances nationales. S'appuyant sur les travaux de l'historien grec P. Matalas, Vassilis Pnevmatikakis propose une analyse géopolitique du contentieux ecclésial gréco-bulgare dans le contexte de l'affirmation des nationalités balkaniques au XIXe siècle. L'article met en évidence deux conceptions concurrentes de l'hellénisme chrétien : une vision nationale d'inspiration occidentale, ayant conduit à l'autocéphalie de l'Église de Grèce, et une vision traditionnelle et unifiante, défendue par le patriarcat de Constantinople. L'apport principal de cette étude est de montrer que le phylétisme ne fut pas le seul fait de l'Église bulgare, mais traversait l'ensemble des Balkans, y compris des cercles influents de l'Église grecque, tandis que les grandes puissances, notamment la Russie, instrumentalisaient ces tensions ecclésiales à des fins politiques.
Basile Pnevmatikakis
Ces vingt dernières années, le débat intellectuel en Grèce à propos du nationalisme a mis en avant la condamnation du « phylétisme » par le concile de l'Église orthodoxe réuni à Constantinople en 1872. Tant les théologiens orthodoxes que les historiens interprètent cette condamnation comme la meilleure preuve de la dimension universelle et antinationaliste de l'orthodoxie. Comme le montrent les récents travaux de l'historien grec Paraskévas Matalas sur lequel nous nous appuierons, l'élément commun de ces approches est qu'elles identifient le phylétisme avec le nationalisme, à l'opposé duquel se trouve l'universalité orthodoxe, sans guère aborder le point de départ historique, à savoir la question bulgare.