Le Voyage des Mages


« Ce fut bien froid chemin,
Juste au pire moment de l'année,
pour de voyage, ce long voyage :
routes où l'on enfonce, temps cruel,
l'hiver tel une vraie mort. »
Les chameaux écorchés, pattes endolories, rebelles,
se couchaient dans la neige fondante.
Si souvent nous avons regretté
les palais de l'été, sur des pentes, les terrasses
et les filles soyeuses apportant des sorbets.
Chameliers maudissant et grondant,
fuyant, exigeant liqueurs et femmes.
La nuit les feux s'éteignaient, on n'avait nul abri,
villes hostiles, bourgs sans amitié,
villages pleins de boue où l'on paie le prix fort :
ce furent de rudes moments.
À la fin nous marchions aussi la nuit,
ne dormant que de brefs moments,
et des voix chantaient à nos oreilles, disant
que tout cela n'est que folie.

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