Ce numéro de Contacts va paraître en cette saison du printemps où la vie se renouvelle, où nous proclamons avec force qu’en Christ la puissance de la vie a triomphé des puissances de mort, et que la lumière de la Résurrection éclaire le monde d’un jour nouveau. Mais il aura fallu passer cette année par un carême tragiquement assombri par les bombardements de l’Irak, par les cris des hommes et des femmes taillés à chair vive, par les yeux égarés des enfants qui auront grandi dans un pays où jouer à la guerre fait réellement couler le sang. Bien des chefs d’Église, dont le pape Jean-Paul II, se sont indignés que l’on puisse invoquer Dieu, dans les deux camps en présence d’ailleurs, pour mener cette guerre dont les motivations profondes ne sont apparues à personne en toute clarté. Nous nous joignons à leurs protestations.
Il est maintenant urgent de retrousser les manches pour reconstruire. Reconstruire les ruines de pierre. Reconstruire surtout les âmes abattues par la terreur qu’inspirait le tyran. Reconstruire, enfin, les liens d’amitié entre chrétiens et musulmans car, quoiqu’en disent les esprits chagrins, il n’y a pas en cette affaire un choc de civilisations entre l’Occident et la nation arabe. Héritiers d’une histoire parfois traversée par des éclairs tragiques, les disciples du Dieu de la Bible et du Coran ont une seule vocation : vivre dans un esprit fraternel.
Éclectique, ce numéro va nous entraîner d’abord à Byzance, puis sur les traces de saint Jean de la Croix, pour s’achever dans l’atmosphère des « mystères » de la Russie médiévale et y explorer un domaine encore mal connu.
Dans « L’autorité ecclésiale dans le monde byzantin », Michel Stavrou démêle avec compétence et fermeté la complexité des instances de l’autorité ecclésiale au sein de l’Empire byzantin : conciles, évêques, patriarches, basileus.
Cette complexité est inhérente à la nature même de l’Église, à la fois corps sacramentel et entité administrative. Un intéressant développement sur « la vision byzantine de l’autorité de l’évêque de Rome » est à verser au dossier du dialogue poursuivi aujourd’hui entre Rome et Constantinople.
Toujours à Byzance, Joost van Rossum traite de « L’Eucharistie chez saint Grégoire Palamas » à partir de l’analyse menée avec subtilité et précision d’une homélie intitulée un peu emphatiquement : « Les saints et redoutables mystères du Christ ». Loin de toute polémique, le célèbre archevêque de Thessalonique prêche un hésychasme bien intégré à la vie sacramentelle de l’Église. Il est important en effet de ne pas réduire la Philocalie à un simple combat individuel pour l’acquisition de la sérénité qui ne peut se vivre qu’au sein de la communauté chrétienne.
Serge Model a le mérite de se lancer, avec un certain bonheur, dans une étude qui rapproche saint Jean de la Croix avec la spiritualité orthodoxe. Et l’orthodoxie ici en question concerne non l’institution mais la recherche de la vérité chez un saint qui n’a pas été canonisé par l’Église orthodoxe : « Une approche orthodoxe de Jean de la Croix ». Cet article reprend une communication présentée au sein de la Fraternité Saint-Élie qui rassemble des chrétiens de toutes confessions, non sans rappeler dans son esprit le Fellowship de Saint-Serge-et-Saint-Alban, fondé en Grande-Bretagne, avant la Deuxième Guerre mondiale. Cette approche de la sainteté mérite d’être approfondie, diversifiée, de nourrir le dialogue interconfessionnel car, comme disait le métropolite de Moscou Philarète, les murs de la sainteté dans nos Églises ne montent pas jusqu’au ciel.
Dans un article plein de richesses insoupçonnées, Tatiana Victoroff nous fait découvrir « Le genre du mystère dans la tradition culturelle et spirituelle russe ». Dans la Russie médiévale les mystères religieux sont loin d’avoir connu le même essor qu’en Occident avec leurs spectacles grandioses. Y aurait-il eu maintien de l’interdit lancé par certains Pères de l’Église envers toute forme théâtrale ? Ou bien serait-ce qu’au sortir de la liturgie byzantine fortement théâtralisée, le besoin se fait moins sentir de se replonger dans un déploiement des mystères ? Quoi qu’il en soit, vers le XVIᵉ siècle, le clergé admet des spectacles à caractère spirituel, et, au siècle suivant, le maître incontesté du genre sera saint Dimitri de Rostov. Un genre mal connu mais toujours vivant à l’époque moderne, si l’on prend en compte mère Marie Skobtsov, T.-S. Eliot ou Paul Claudel. Cette contribution fournit un apport précieux à l’histoire de l’expression théâtralisée du sentiment religieux.
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