Les congrĂšs orthodoxes d’Europe occidentale sont des moments privilĂ©giĂ©s de rencontre, de priĂšre commune, de dĂ©bats et d’amitiĂ©, auxquels sont particuliĂšrement attachĂ©s les chrĂ©tiens orthodoxes d’Europe de l’Ouest qui, partout, ne constituent que de petites communautĂ©s vivant souvent Ă©loignĂ©es les unes des autres. OrganisĂ©s tous les trois ans depuis 1971 par la FraternitĂ© orthodoxe en Europe occidentale, ces congrĂšs donnent l’occasion de tĂ©moigner de l’unitĂ© orthodoxe autour des Ă©vĂȘques prĂ©sents, et de rĂ©flĂ©chir sur les soucis communs et les questions pratiques ou spirituelles Ă approfondir ensemble.
C’est ainsi que le 11á” congrĂšs orthodoxe d’Europe occidentale s’est tenu du 31 octobre au 3 novembre dernier Ă Saint-Laurent-sur-SĂšvre (VendĂ©e) sur le thĂšme « Je crois en l’Ăglise une ». Cette livraison de Contacts est entiĂšrement consacrĂ©e Ă la publication des Actes de ce congrĂšs. On en trouvera Ă©galement un compte-rendu dĂ©taillĂ© dans le SOP n° 273 de dĂ©cembre 2002 (p. 1-3), dont nous avons tirĂ© l’essentiel des informations qui suivent.
PrĂšs de sept cent cinquante participants, dont de trĂšs nombreux jeunes et soixante-dix enfants, venus de diffĂ©rents pays d’Europe, tant occidentale que centrale ou mĂȘme orientale (Russie, Roumanie, Bulgarie, GrĂšce, RĂ©publique tchĂšque), se sont retrouvĂ©s pour partager les offices liturgiques, les nombreux exposĂ©s des divers intervenants et les repas. Trois confĂ©rences plĂ©niĂšres, trois tables rondes et vingt-deux ateliers de rĂ©flexion ont permis aux participants de rĂ©flĂ©chir et d’Ă©changer sur la question de l’unitĂ© de l’Ăglise, et sa rĂ©alisation par la communion de tous dans la vie en Christ.
Le congrĂšs a Ă©tĂ© ouvert, au nom de l’AssemblĂ©e des Ă©vĂȘques orthodoxes de France, par son prĂ©sident, le mĂ©tropolite JĂ©rĂ©mie (patriarcat ĆcumĂ©nique), qui a transmis aux participants la « bĂ©nĂ©diction et la salutation » adressĂ©es par le patriarche ĆcumĂ©nique BartholomĂ©e Iá”Êł et a soulignĂ© quâavant tout, lâĂglise est le peuple de Dieu, le Royaume de Dieu prĂ©sent en chacun. Dâautres messages de bĂ©nĂ©diction et dâencouragement avaient Ă©tĂ© adressĂ©s par le patriarche ThĂ©ociste de Roumanie, Mgr Michel Santier, Ă©vĂȘque de Luçon, diocĂšse catholique sur le territoire duquel se tenait le congrĂšs, Mgr Albert Rouet, Ă©vĂȘque de Poitiers, diocĂšse catholique voisin, par la communautĂ© SantâEgidio.
Dans une lettre aux participants dont lecture fut donnĂ©e par le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la FraternitĂ©, Didier Vilanova, notre ami Olivier ClĂ©ment, actuel prĂ©sident de la FraternitĂ© orthodoxe en Europe occidentale a rappelĂ© que « lâĂglise orthodoxe est une Ăglise universelle oĂč lâon entre ou reste par une libre conversion, plutĂŽt que par la naissance ». Il a Ă©galement dĂ©clarĂ© : « Nous ne pouvons imposer de recettes canoniques pour lâĂglise locale, mais nous pouvons constituer, animer, sa chair, sa vie, sa pensĂ©e. Dans une totale ouverture Ă toutes les formes de lâexistence historique de lâorthodoxie, dans une totale ouverture aussi Ă la vie spirituelle des pays dâaccueil. Avec la multiplication de vraies communautĂ©s, une liturgie dĂ©pouillĂ©e, ramenĂ©e Ă son sens originel, une spiritualitĂ© non seulement monastique mais nuptiale, royale, prophĂ©tique. Alors, allez de lâavant ! Lâavenir, non au niveau des querelles mais de la vie, lâavenir, dans le grand souffle de lâEsprit, nâappartient quâĂ vous ».
Plusieurs Ă©vĂȘques orthodoxes avaient tenu Ă assister personnellement Ă tout ou partie du congrĂšs : outre le mĂ©tropolite JĂ©rĂ©mie, Ă©taient prĂ©sents le mĂ©tropolite SĂ©raphin (patriarcat de Roumanie, Allemagne), lâarchevĂȘque Innocent (patriarcat de Moscou, France), lâĂ©vĂȘque Basile (patriarcat de Moscou, Grande-Bretagne), lâĂ©vĂȘque Gabriel (patriarcat ĆcumĂ©nique, Benelux) et lâĂ©vĂȘque Silouane (patriarcat de Roumanie, France).
La premiĂšre communication a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e par lâĂ©vĂȘque Basile (Osborne), auxiliaire du diocĂšse du patriarcat de Moscou en Grande-Bretagne, sur le thĂšme « LâunitĂ© de lâĂglise : une unitĂ© trinitaire ».
La deuxiĂšme communication plĂ©niĂšre, intitulĂ©e « Les chrĂ©tiens orthodoxes d’Europe occidentale en marche vers l’Ăglise locale » a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e par Michel Sollogoub, professeur Ă l’universitĂ© de Paris-I et vice-prĂ©sident de l’ACER-MJO (Action chrĂ©tienne des Ă©tudiants russes â Mouvement de jeunesse orthodoxe). Une mise en perspective historique de la prĂ©sence orthodoxe en Occident et une approche sociologique de l’identitĂ© ouest-europĂ©enne, caractĂ©risĂ©e d’aprĂšs lui par un Ă©tat de « post-chrĂ©tientĂ© » ou de « laĂŻcitĂ© achevĂ©e » lui ont permis de poser le cadre du lieu spĂ©cifique oĂč les orthodoxes d’Europe occidentale sont appelĂ©s Ă vivre leur « vie en Christ ».
La troisiĂšme communication, prĂ©sentĂ©e par le pĂšre Ignace Peckstadt, prĂȘtre de la paroisse flamande Saint-AndrĂ© Ă Gand (Belgique), Ă©tait intitulĂ©e « Vivre en Christ dans le monde ». Dans un exposĂ© Ă la fois simple et dynamique, tissĂ© de nombreux exemples issus de son expĂ©rience personnelle en tant que prĂȘtre de paroisse et avocat au service des plus dĂ©munis, il a rappelĂ© que les chrĂ©tiens Ă©taient appelĂ©s non tant à « fuir le monde » qu’à « le transfigurer », Ă le « remplir de la prĂ©sence divine », au travers de leur propre « rayonnement ».
Dans l’aprĂšs-midi du 1á”Êł novembre, trois tables rondes simultanĂ©es (« Le mouvement ĆcumĂ©nique et le fanatisme religieux » ; « Vous avez Ă©tĂ© appelĂ©s Ă ĂȘtre mes serviteurs » ; « Toute patrie leur est une terre Ă©trangĂšre ») ont permis d’approfondir la question de l’unitĂ© de l’Ăglise, tant d’un point de vue interne (l’unitĂ© des communautĂ©s orthodoxes entre elles) qu’externe (la question des relations avec les autres chrĂ©tiens), de mĂȘme que celle du « sacrement du frĂšre ». En marge des sessions plĂ©niĂšres, les participants se sont aussi retrouvĂ©s en petits groupes dans les vingt-deux ateliers pour dĂ©battre de thĂšmes tels que « AutoritĂ© et conciliaritĂ©, responsabilitĂ© dans l’Ăglise », « Construction europĂ©enne, droits de l’homme et orthodoxie », « Hommes et femmes dans l’Ăglise », « Dialogue entre les Ăglises orthodoxes et orientales », « PriĂšre et vie quotidienne », « Foi et science », etc. Des ateliers plus pratiques oĂč des spĂ©cialistes rĂ©pondaient Ă des questions touchant diffĂ©rents aspects de la vie des communautĂ©s â chant liturgique, iconographie, catĂ©chĂšse, etc. â Ă©taient Ă©galement proposĂ©s.
VĂ©cus au rythme de la priĂšre, ces trois jours ont trouvĂ©, le dimanche, leur point culminant dans la liturgie eucharistique prĂ©sidĂ©e, Ă l’Ă©glise de Saint-Laurent-sur-SĂšvre, par le mĂ©tropolite JĂ©rĂ©mie, entourĂ© de quatre autres Ă©vĂȘques, de trente-cinq prĂȘtres et de six diacres, et cĂ©lĂ©brĂ©e en français, grec, slavon, roumain, anglais et nĂ©erlandais. Cette liturgie « transcendant et dĂ©passant les clivages », fut ressentie par beaucoup comme l’« Ă©vĂ©nement prophĂ©tique » qu’avait appelĂ© de ses vĆux le pĂšre Boris Bobrinskoy, doyen de l’Institut Saint-Serge et recteur de la paroisse de la Sainte-TrinitĂ© Ă Paris, dans l’Ă©ditorial de la livraison du Bulletin de la Crypte de la Sainte-TrinitĂ© de novembre dernier.
Lors de la session finale, une synthĂšse gĂ©nĂ©rale a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e par le pĂšre Jean Gueit, prĂȘtre de paroisse Ă Marseille (Bouches-du-RhĂŽne) et ancien secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la FraternitĂ© orthodoxe, qui, rappelant les rĂšgles canoniques de l’ecclĂ©siologie orthodoxe, a soulignĂ© que l’application de ces derniĂšres Ă©tait conçue comme une condition de la concorde entre tous, « afin que soit glorifiĂ© le PĂšre et le Fils et le Saint-Esprit ».
Dans son allocution de clĂŽture, le mĂ©tropolite JĂ©rĂ©mie a tout d’abord rendu hommage au travail de la FraternitĂ© orthodoxe en Europe occidentale qui, avec d’autres, a-t-il soulignĂ©, « a eu le mĂ©rite de faire avancer les choses » dans la perspective d’une organisation ecclĂ©siale unifiĂ©e en France et dans les autres pays d’Europe de l’Ouest. Il a nĂ©anmoins lancĂ© une mise en garde Ă l’adresse de ceux qui voudraient aller trop vite dans cette direction ou qui s’impatientent devant l’inertie de l’Ă©piscopat. « Nous savons que nous, les Ă©vĂȘques, nous sommes faibles, que nous ne sommes pas toujours efficaces, que nous n’avons ni la force ni l’audace de tout casser pour aller de l’avant, […] mais nous dĂ©pendons de quelque chose qui nous dĂ©passe, qui est au-dessus de nous : il s’agit de l’expression panorthodoxe, de la nĂ©cessitĂ© de garder l’unitĂ© parfaite de l’orthodoxie », a-t-il dit. Parlant au nom de l’AssemblĂ©e des Ă©vĂȘques orthodoxes de France, il a ajoutĂ© : « N’oubliez pas que nous reprĂ©sentons tout ce qui existe d’orthodoxes en France, et donc la grande majoritĂ© des fidĂšles qui vivent la rĂ©alitĂ© ecclĂ©siale dans leurs propres traditions et Ă©glises. Vous ne pouvez avoir la prĂ©tention d’ĂȘtre l’Ăglise locale, vous les sept cents rĂ©unis ici ! ». Abordant la question de l’organisation canonique de la diaspora, il a affirmĂ© : « Ce n’est pas nous qui allons rĂ©soudre le problĂšme […]. Soyons patients et restons mobilisĂ©s dans cet effort, la main dans la main, en une communion parfaite entre toutes les forces que nous constituons ici, en Europe occidentale ».
Toute la rĂ©daction de Contacts souhaite Ă ses fidĂšles abonnĂ©s un saint CarĂȘme sur le chemin de la PĂąque du Seigneur, et prie ceux qui ne l’auraient pas fait de se rĂ©abonner sans attendre, afin de nous Ă©viter de coĂ»teuses lettres de rappel.
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