Le mouvement ĆcumĂ©nique passe Ă l’heure actuelle par une pĂ©riode de turbulences. AprĂšs les grandes avancĂ©es accomplies au siĂšcle dernier pour parvenir Ă un rapprochement des chrĂ©tiens, prĂ©alable Ă une unitĂ© enfin sacramentellement rĂ©alisĂ©e, le moment semble venu de s’arrĂȘter pour souffler un peu, pour intĂ©grer en profondeur, Ă la base, certains acquis irrĂ©versibles et pour, espĂ©rons le, repartir d’un bon pied. La commission internationale de dialogue catholique-orthodoxe donne de sĂ©rieux signes d’essoufflement, le Conseil ĆcumĂ©nique des Ăglises, partagĂ© entre une Ă©crasante majoritĂ© de plusieurs centaines d’Ăglises protestantes face Ă quelque quinze Ăglises orthodoxes « autocĂ©phales » de vĂ©nĂ©rables antiquitĂ©, doit impĂ©rativement reconsidĂ©rer son mode de fonctionnement sous peine de voir d’autres Ăglises orthodoxes prendre le large. Des dĂ©cisions, comme celle du Synode national de l’Ăglise rĂ©formĂ©e de mai dernier, prĂŽnant l’accĂšs Ă la Sainte CĂšne Ă des gens qui n’auraient pas reçu au prĂ©alable le sacrement du baptĂȘme, ne laisse pas d’inquiĂ©ter bon nombre de thĂ©ologiens. Elle provoque des remous dans d’autres Ăglises issues de la RĂ©forme, comme les luthĂ©riens, et Ă©galement elle est mal reçue dans nombre de milieux rĂ©formĂ©s. Bien que l’on puisse comprendre le dĂ©sir de tenir « table ouverte » aux hommes de ce monde dĂ©sireux de se rapprocher du Christ, ainsi qu’une volontĂ© de convivialitĂ©, elle risque toutefois de provoquer un durcissement des relations avec les rĂ©formĂ©s dans un domaine sensible, celui de la sacramentalitĂ©. Les voyages du pape dans les pays Ă majoritĂ© orthodoxe, comme la Roumanie ou la Syrie, se sont dĂ©roulĂ©s dans d’heureuses conditions, et un dialogue fraternel a pu y ĂȘtre engagĂ©. Par contre en GrĂšce la population a Ă©tĂ© volontairement tenue Ă l’Ă©cart, seuls quelques groupes fanatiques vocifĂ©raient des insultes, et l’archevĂȘque d’AthĂšnes semblait mal Ă l’aise. Quant au voyage en Ukraine, l’Ăglise orthodoxe Ă©tait tout simplement absente. Le problĂšme de l’Ăglise « uniate », dont les fidĂšles ont Ă©tĂ© rĂ©confortĂ©s par la venue de leur chef spirituel, n’a pas reçu de solution satisfaisante. Jean-Paul II a eu le grand tort, nous semble-t-il, d’accorder audience Ă deux responsables d’Ăglises schismatiques, dont l’un a Ă©tĂ© rĂ©duit Ă l’Ă©tat laĂŻc par le synode de Moscou. Ce geste a provoquĂ© l’ire du patriarche Alexis II et de son entourage, et le pape se prive ainsi de la possibilitĂ© de faire un pĂšlerinage qui, dit-on, lui tient Ă cĆur depuis longtemps, celui de Moscou. En s’immisçant dans les affaires internes Ă l’orthodoxie il enfonce un clou entre les deux patriarcats de Moscou et de Constantinople (ce dernier soutenant les Ăglises schismatiques) et pourra difficilement Ă©viter le reproche d’un certain expansionnisme. Mais les paroles de pardon qu’il a prononcĂ©es, fortes et courageuses, resteront comme le plus beau fleuron de ces dĂ©placements. On doit d’autant plus regretter la mise en retrait, sinon l’absence, des Ăglises orthodoxes, Ă quelques rares exceptions, dans un dialogue proposĂ© mais non accueilli comme il aurait pu l’ĂȘtre. Il faut surtout espĂ©rer que ces Ăglises sauront rĂ©sister Ă la pression de leurs minoritĂ©s agissantes, ultra-intĂ©gristes et nationalistes, et Ă la tentation de se replier sur elles-mĂȘmes Ă l’Ă©cart d’un occident dont elles n’ont pas encore su Ă©valuer les vraies valeurs.
Cet arriĂšre-fond grisĂątre sur le front ĆcumĂ©nique ne doit en rien dĂ©courager, voire dĂ©mobiliser, tous ceux â et notre revue veut ĂȘtre parmi eux â qui aspirent de tout leur cĆur au rĂ©tablissement de l’unitĂ© entre les chrĂ©tiens. Ce numĂ©ro veut se situer, entre autres, dans la continuitĂ© du dialogue, de l’Ă©change de tĂ©moignages, de la prise en compte de problĂšmes spĂ©cifiques qui se posent Ă toutes les Ăglises.
Dans une allocution donnĂ©e Ă un colloque de la fondation pro Oriente, Ă Vienne, Michel Stavrou montre avec clartĂ© et profondeur comment la christologie, ce cĆur de la rĂ©vĂ©lation chrĂ©tienne, est insĂ©parables chez les PĂšres grecs d’une rĂ©flexion sur le PĂšre et l’Esprit Saint, les trois personnes de la TrinitĂ© agissant avec la mĂȘme puissance. Quelques indications prĂ©cieuses pour le dialogue thĂ©ologique sur la place de l’Esprit Saint en ecclĂ©siologie.
Olivier ClĂ©ment reprend la partie de la dĂ©claration Dominus Iesus consacrĂ©e Ă la rencontre entre le christianisme et les autres religions pour lâouvrir en vĂ©ritĂ© Ă une dimension universelle. Dans une belle envolĂ©e thĂ©ologique, et en sâappuyant sur certains PĂšres comme Justin qui Ă©voquait les « semences de vĂ©ritĂ© » rĂ©pandues dans lâunivers, il va jusquâĂ dire que lâĂglise, partout prĂ©sente, « englobe le cosmos et lâhumanitĂ© pour ceux bien sĂ»r qui en sont conscients et reconnaissants ».
Dominus Iesus est partiellement repris dans une rĂ©flexion trĂšs ouverte de R. Dumont sur la primautĂ©, cette grande pomme de discorde entre lâĂglise catholique, et les Ăglises orthodoxes ou protestantes. Lâavenir dira si cet appel quelque peu prophĂ©tique, oĂč une Ăglise saurait faire offrande sacrificielle dâelle-mĂȘme pour ĂȘtre au service des autres, se rĂ©alisera.
On sait Ă quel point la question dâun ministĂšre sacramentel confĂ©rĂ© aux femmes, tient Ă cĆur Ă la thĂ©ologienne Ă. Behr-Sigel. Elle y revient dans un texte qui retrace brillamment lâhistoire de la question du sacerdoce fĂ©minin depuis 1961 et en dresse lâĂ©tat tel quâil se prĂ©sente aujourdâhui. Suit une supplique adressĂ©e au patriarche BartholomĂ©e.
Une rĂ©flexion belle et paisible sur le mariage dans lâĂglise orthodoxe, avec quelques aperçus sur son « vĂ©cu », notamment parmi les adolescents, nous est donnĂ©e par H. Roscanu, membre de lâĂglise grĂ©co-catholique au Canada.
Avec luciditĂ©, lâarchimandrite Hilarion (Alfeyev) se penche sur les raisons du surgissement de lâathĂ©isme avant, pendant et aprĂšs la rĂ©volution de 1917 dans un pays qui sâĂ©tait donnĂ© le nom de « Sainte Russie ». Il met en garde contre un retour aux errements prĂ©-rĂ©volutionnaires dâune Ăglise liĂ©e Ă lâĂtat, principal obstacle Ă la transfiguration des Ăąmes sous le feu de la parole Ă©vangĂ©lique.
MaĂźtre dâĆuvre dâun immense travail sur Le patrimoine europĂ©en, en 15 volumes (Bruxelles, 2000), J.-C. Polet est bien placĂ© pour mĂ©diter en profondeur sur le concept de culture, dans le sens de lâidĂ©al humaniste hĂ©ritĂ© de la Renaissance, mais descendu du ciel mĂ©taphysique par Ă©vacuation de sa dimension religieuse, Ă une Ă©poque de relativisation et de lĂ©gitimisation de tous les ensembles culturels lĂ oĂč naguĂšre la culture europĂ©enne rĂ©gnait sans partage.
