Ce numĂ©ro de Contacts est centrĂ© sur la personnalitĂ© et l’Ćuvre du grand thĂ©ologien Vladimir Lossky, dont cette annĂ©e marque le centiĂšme anniversaire de la naissance. Son Ćuvre a trĂšs profondĂ©ment marquĂ© le renouveau patristique dans la thĂ©ologie orthodoxe contemporaine, ainsi que le dialogue de l’orthodoxie avec l’Occident. PrĂšs de cinquante ans aprĂšs sa mort, elle continue Ă jouir d’un rayonnement extraordinaire, l’Essai sur la thĂ©ologie mystique de l’Ăglise d’Orient (Ă©d. Aubier, 1944, dern. rééd. Cerf, 1990, coll. « Foi vivante ») constituant sans nul doute, au-delĂ des barriĂšres confessionnelles, l’un des livres phares de la thĂ©ologie chrĂ©tienne du XXá” siĂšcle.
NĂ© le 8 juin 1903, le jour de la fĂȘte du Saint-Esprit, fils du philosophe Nicolas Lossky, Vladimir Lossky, expulsĂ© de Russie en 1922 avec son pĂšre et toute sa famille, achĂšve ses Ă©tudes Ă la Sorbonne. Ses travaux sur la thĂ©ologie byzantine ainsi que sur la pensĂ©e philosophique du Moyen Ăge occidental, oĂč il recherchait les points de convergence possibles avec l’Orient orthodoxe, aboutirent Ă une thĂšse magistrale, publiĂ©e Ă titre posthume : ThĂ©ologie nĂ©gative et connaissance de Dieu chez MaĂźtre Eckhart (Vrin, 1960). Il s’engage avec fougue dans les controverses thĂ©ologiques et ecclĂ©siologiques de l’Ă©migration russe, notamment celles concernant la sophiologie. Pendant la guerre, il entre dans la RĂ©sistance. Ă la mĂȘme Ă©poque, il participe Ă des colloques oĂč se rencontrent des thĂ©ologiens de toutes confessions et des philosophes. AprĂšs la guerre, il enseigne Ă l’Ăcole des Hautes Ătudes et au CollĂšge philosophique. Il participe Ă la crĂ©ation de la revue Dieu Vivant, et assure, de 1945 Ă 1958, un enseignement de thĂ©ologie dogmatique, d’abord dans le cadre de l’Institut de thĂ©ologie orthodoxe Saint-Denys, puis dans celui des cours pastoraux de l’exarchat du patriarcat de Moscou, Ă Paris. Il meurt le 7 fĂ©vrier 1958.
Son fils, Nicolas, introduit le cheminement spirituel d’un homme qui se disait « exilĂ© » et non « Ă©migrĂ© » sur cette terre d’Occident oĂč cet ardent partisan du mariage des cultures se sentait parfaitement Ă l’aise. Dans son ouvrage sur La thĂ©ologie mystique de l’Ăglise d’Orient, il dĂ©veloppe l’idĂ©e trĂšs fĂ©conde que l’expĂ©rience mystique â c’est-Ă -dire l’expĂ©rience de la prĂ©sence de Dieu dans la vie â est Ă la portĂ©e de tout baptisĂ©. Elle est bien entendu insĂ©parable de la thĂ©ologie qui ne se limite pas Ă un labeur intellectuel et abstrait mais Ă vocation de guider l’homme sur la voie du salut. Vladimir Lossky a Ă©tĂ© enlevĂ© trop tĂŽt Ă l’affection des siens comme Ă la crĂ©ation de la pensĂ©e thĂ©ologique.
Le titre de l’Ă©tude de Monseigneur PhilarĂšte de Minsk, « Vladimir Lossky, un thĂ©ologien don de Dieu Ă l’Ăglise », tĂ©moigne par lui-mĂȘme de l’affectueuse admiration que lui porte ce grand prĂ©lat russe. Deux axes principaux Ă©mergent de la pensĂ©e de Vladimir Lossky : la notion de personne, dans l’optique du personnalisme chrĂ©tien, et celle d’Ăglise, laquelle doit ĂȘtre annoncĂ©e, proclamĂ©e, au mĂȘme titre que la Bonne Nouvelle. Son hĂ©ritage considĂ©rable ayant pu ĂȘtre complĂ©tĂ© grĂące aux publications mises au point par Olivier ClĂ©ment, Lossky reste pour de nombreux thĂ©ologiens une importante source d’inspiration. Ce fidĂšle serviteur demeure, pour Monseigneur PhilarĂšte, « un membre actif de l’Ăglise ».
Dans « Mystique et thĂ©ologie selon Vladimir Lossky », Michel Stavrou expose avec brio cette pensĂ©e axiomatique de Lossky qu’il faut « vivre » la thĂ©ologie et non se contenter de la « penser ». La ligne de partage passe entre une thĂ©ologie rationalisante, et la vie de l’esprit que toute thĂ©ologie chrĂ©tienne authentique est appelĂ©e Ă incarner dans l’existence. Il faut donc clarifier le sens des mots thĂ©ologie (ce n’est pas d’abord un mĂ©tier) et mystique (elle dĂ©signe la montĂ©e de l’homme vers l’union Ă Dieu), mots souvent galvaudĂ©s, voire dĂ©formĂ©s, par l’usage courant. L’auteur donne ensuite un trĂšs utile aperçu des grandes Ă©tapes du dĂ©veloppement de la thĂ©ologie orthodoxe. D’abord Ă Byzance en pleine efflorescence humaniste oĂč la crĂ©ation thĂ©ologique a toujours pris sa source dans l’expĂ©rience mystique. Ensuite dans la relĂšve slave, l’Ă©poque de « la captivitĂ© de Babylone » selon G. Florovsky, dans la pĂ©riode prĂ©cĂ©dant le renouveau philocalique de la fin du XVIIIá” siĂšcle. Face au New Age contemporain, Ă l’irrationalisme Ă la vogue des techniques de dĂ©veloppement individuel allant parfois jusqu’Ă des phĂ©nomĂšnes extatiques de fusion avec les Ă©lĂ©ments du monde, il est important de faire retour Ă l’intelligence de la foi chrĂ©tienne comme nous y invite Vladimir Lossky, et de vivre la thĂ©ologie mystique comme une voie royale menant Ă l’union Ă Dieu.
Vient en finale une Ă©tude Ă©rudite, devenue aujourd’hui introuvable, de Lossky sur « Le problĂšme de la vision "face Ă face" et la Tradition patristique de Byzance ». Il s’agit de poser une antinomie : d’une part la Bible nous dit que nul ne peut voir Dieu sans mourir, et d’autre part saint Jean, saint Paul et quelques PĂšres de l’Ăglise mentionnent effectivement la vision face Ă face, rĂ©servĂ©e aux bienheureux. L’auteur aborde la controverse entre la scolastique et les PĂšres, avant d’interprĂ©ter les conditions qui rendent possible la vision de Dieu chez les PĂšres grecs, une vision trinitaire oĂč l’Esprit Saint, dans un embrasement solaire, rĂ©vĂšle l’Image de l’Invisible.
Contacts
Rectificatif
Contrairement Ă ce qu’indiquait, p. 241, le liminaire de notre volume prĂ©cĂ©dent, sĆur NoĂ«lle Devilliers, qui fut longtemps disciple du pĂšre AndrĂ© Scrima, n’est pas rattachĂ©e Ă la communautĂ© des BĂ©atitudes (avec laquelle elle a des liens d’amitiĂ©) mais vit comme ermite sous l’autoritĂ© de l’Ă©vĂȘque de son lieu de rĂ©sidence. Par ailleurs, l’ouvrage du pĂšre A. Scrima, Le Temps du Buisson ardent, est paru Ă Bucarest en 1996 et non pas en 1986 (comme indiquĂ© en p. 315).
