PrĂȘtre orthodoxe et professeur de patrologie en Grande-Bretagne, le pĂšre Andrew Louth constate un manque d’attention accordĂ©e Ă la question de l’Esprit Saint « tant dans les thĂ©ologies rĂ©centes de l’Orient que de l’Occident », et une tendance à « l’abstraction d’une telle thĂ©ologie » souvent rĂ©duite Ă des formules plus ou moins figĂ©es. Avec compĂ©tence, et aussi un souci pastoral, il fait appel Ă saint Jean DamascĂšne dont les formules subtiles seront reprises ultĂ©rieurement en Orient. Il est important de souligner la synthĂšse pneumatologique opĂ©rĂ©e par ce grand tĂ©moin de la foi au temps oĂč prospĂ©raient l’iconoclasme et l’islam conquĂ©rant. L’intuition d’origine syro-palestinienne du repos Ă©ternel de l’Esprit Saint sur le Fils Ă©quilibre celle, plutĂŽt propre Ă la thĂ©ologie latine et alexandrine, d’une dĂ©pendance de l’Esprit envers le Fils. En fait, il s’agit de deux mouvements ineffables, rĂ©ciproques, entre le Fils et l’Esprit, l’un et l’autre s’accompagnant mutuellement, qui peuvent rendre compte du fait que nous sommes appelĂ©s Ă devenir autant des pneumatophores par le Fils que des enfants adoptifs du PĂšre dans l’Esprit. L’action purificatrice de l’Esprit Saint en la Vierge, pour la rendre rĂ©ceptive au Verbe divin, s’exerce Ă©galement en chaque fidĂšle Ă travers les sacrements. La relative rĂ©serve affichĂ©e par l’auteur de l’Exposition de la foi orthodoxe, ainsi que dans d’autres traditions proviendrait d’un « sentiment de crainte sacrĂ©e ». L’Esprit Saint a Ă©tĂ© au centre de la sĂ©paration entre Rome et Constantinople, il faut constamment Ă©couter, humblement, ce qu’il a Ă nous dire.
Ă partir de l’icĂŽne de la Transfiguration, AndrĂ© Lossky, dans une Ă©tude claire et fouillĂ©e, met en relation les interprĂ©tations de cette Ă©piphanie lumineuse dans les textes patristiques ou liturgiques, avec les reprĂ©sentations iconographiques. Il relĂšve avec minutie les points communs ou les Ă©carts que l’on peut trouver chez les uns ou les autres. Il s’agit de dĂ©gager un « rĂŽle mystagogique » de lâicĂŽne, un rĂŽle dâapprentissage et dâinitiation au mystĂšre des rĂ©alitĂ©s du Royaume, pour lâenrichissement de lâobservateur et pour le rendre attentif à « son devenir et Ă celui du genre humain entier ».
De son cĂŽtĂ©, Milan Ćœust retrace briĂšvement mais avec chaleur, le cheminement du grand savant et thĂ©ologien P. A. Florensky, mort au Goulag en 1937. Les premiers Ă©mois du jeune garçon dans la contemplation des mystĂšres de la nature â « lieu privilĂ©giĂ© de connaissance » â, rappellent ceux dâun de ses contemporains, lâarchimandrite Spiridon, relatĂ©s dans Mes missions en SibĂ©rie. Ce futur savant que le pouvoir mĂ©nagea dâabord, bien quâil se rendait en soutane aux congrĂšs scientifiques, ne pouvait se satisfaire des lois naturelles malgrĂ© sa soif de les connaĂźtre. Il pressentait au-delĂ un monde de mystĂšre qui se manifesta Ă lui dans un Ă©blouissement lorsquâil reçut la rĂ©vĂ©lation du nom de « Dieu ». Figure attachante de lâintelligentsia lors de la renaissance du siĂšcle dâargent, il entretenait des relations avec les poĂštes symbolistes comme avec des penseurs religieux tels que Boulgakov. Quelques portes seulement sont ouvertes ici dans une Ćuvre immense qui reste Ă explorer. Au Goulag il ne cessa point ses recherches dans tous les domaines. Il est mort en martyr, lui qui voyait dans lâamour le fondement de toute connaissance.
Câest en 1917-1918 que lâĂglise russe a tenu un concile dâaggiornamento parfois qualifiĂ© de Vatican II avant la lettre. Un des thĂšmes touchait Ă la formation des membres du clergĂ©, et câest Ă lâĂ©tude de la rĂ©forme des « acadĂ©mies ecclĂ©siastiques » que sâest attelĂ© Hyacinthe Destivelle, fin et brillant connaisseur de lâhistoire de lâĂglise russe. RĂ©formĂ©es par Pierre le Grand qui voyait en elles des pĂ©piniĂšres de futurs cadres tant civils quâecclĂ©siastiques, les acadĂ©mies ecclĂ©siastiques devaient sâadapter aux nouvelles conditions de la vie, faire face Ă une crise « moderniste ». Le dĂ©bat sur la prioritĂ© Ă donner Ă la formation pastorale du clergĂ©, ou Ă la recherche en thĂ©ologie, nâest toujours pas clos, il ressurgit mĂȘme dans un pays comme la France.
Les rĂ©solutions votĂ©es par le Concile furent bloquĂ©es par la RĂ©volution et ne purent jamais ĂȘtre mises en pratique. C’est ailleurs, parmi la plĂ©iade de penseurs ou de thĂ©ologiens de l’Ă©migration russe que mĂ»rira un vĂ©ritable aggiornamento de la conscience religieuse orthodoxe.
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