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À l’heure oĂč – face au dĂ©ferlement des scandales qui dĂ©fraient l’actualitĂ© – nos frĂšres catholiques s’interrogent avec honnĂȘtetĂ© et douleur Ă  la façon de ravauder le tissu ecclĂ©sial sensiblement dĂ©chirĂ©, les orthodoxes peuvent y voir indirectement l’appel Ă  un travail d’introspection et une invitation Ă  rĂ©flĂ©chir, eux aussi, sur les nĂ©cessaires Ă©volutions qu’appelle l’Ă©tat actuel du corps ecclĂ©sial. L’Église orthodoxe montre en de nombreux aspects – notamment en ecclĂ©siologie – un dĂ©calage bĂ©ant entre sa thĂ©ologie et sa praxis, son incarnation concrĂšte dans notre temps. RĂ©nover la vie ecclĂ©siale ne signifie pas, en l’occurrence, faire table rase du passĂ© pour y introduire des nouveautĂ©s marquĂ©es par le monde prĂ©sent : cela implique au contraire d’actualiser plus pleinement la Tradition qui nous est transmise, afin que nos contemporains y dĂ©couvrent un lieu de vie et de salut.

Dans le premier article de ce volume, intitulĂ© « Eucharistie et libĂ©ration », le mĂ©tropolite libanais Georges Khodr dĂ©ploie dans cette perspective les implications d’une Eucharistie pleinement vĂ©cue, qui, comme l’a bien expliquĂ© saint Jean Chrysostome, conduit au service des pauvres et se met Ă  rayonner dans la culture de son temps. Mgr Georges parle de « libĂ©rer » l’Église « fossilisĂ©e » en la « dĂ©liant de toute servitude nationaliste, culturelle, temporelle ».

Le thĂ©ologien libanais Assaad Elias Kattan donne, dans l’Ă©tude qui suit des pistes susceptibles d’opĂ©rer un tel mouvement : partant de plusieurs PĂšres, il interroge la notion d’incarnation du Logos dans notre rĂ©alitĂ©, Ă  la fois dans la personne du Christ, dans l’Écriture sainte et dans l’Histoire. Il dĂ©montre que cette incarnation tripartite que dĂ©fend son contemporain le mĂ©tropolite Georges Khodr est profondĂ©ment patristique et permet d’une part un dialogue fĂ©cond avec l’islam pour lequel le Coran est prĂ©sence de la parole divine, d’autre part invite chaque chrĂ©tien Ă  devenir une incarnation vivante de la parole divine dans l’Histoire.

Un troisiĂšme thĂ©ologien libanais, montrant la fĂ©conditĂ© de cette Ă©cole de pensĂ©e concernant la rĂ©flexion actuelle sur l’Église, Georges Nahas, invite de façon pressante Ă  considĂ©rer le fossĂ© qui se creuse entre la rĂ©alitĂ© historique passĂ©e Ă  laquelle appartiennent aujourd’hui nombre d’aspects de notre Église et les nĂ©cessitĂ©s contemporaines. « Le monde d’aujourd’hui n’a que faire de questions de primautĂ©, d’autocĂ©phalie, d’autonomie, de juridiction ou de calendrier, considĂšre-t-il. En nous occupant de tels sujets, nous faisons justement preuve que nous sommes une Église du monde. » Georges Nahas appelle Ă  renouveler en profondeur tant le discours thĂ©ologique de l’Église que ses sujets de prĂ©occupation.

Dans la mĂȘme veine, Michel Stavrou met en lumiĂšre ce que signifie redĂ©couvrir la nature eschatologique de l’Église : il s’agit, pour ses membres, partant toujours de l’Eucharistie, de vivre dĂšs Ă  prĂ©sent la vie ressuscitĂ©e du Royaume, ce qui implique d’associer l’ensemble du cosmos au processus dynamique de dĂ©ification. « À l’Ăšre sĂ©cularisĂ©e de la post-modernitĂ©, l’Église se doit d’intĂ©grer les attentes, mĂȘme inconscientes, d’un monde soumis aux dĂ©fis nouveaux : mondialisation, multiculturalisme, crise Ă©cologique, migrations Ă©conomiques et climatiques. »

Petre Maican revient ensuite sur l’un des grands dĂ©fis contemporains que l’Église ne peut ignorer : le mouvement ƓcumĂ©nique pour travailler au retour Ă  l’unitĂ© des chrĂ©tiens. Il met en lumiĂšre, dans la pensĂ©e du grand thĂ©ologien roumain Dumitru Stăniloae, une « interprĂ©tation positive de la diversitĂ© ƓcumĂ©nique » perçue comme l’un des aspects du processus dialogique de dĂ©ification dans la mesure oĂč elle rĂ©pond au double critĂšre d’« une connaissance de Dieu plus profonde et d’un plus grand dĂ©sir d’entrer en communion avec les autres ĂȘtres humains », ceci dans le respect des diffĂ©rences thĂ©ologiques.

Faisant retour aux fondamentaux de la Tradition, le liturgiste Élie Korotkoff propose une Ă©tude qui explique l’appellation de la NativitĂ© du Christ comme « PĂąque d’hiver », montrant Ă  travers une analyse de l’hymnographie et de la structure des offices que la cĂ©lĂ©bration de NoĂ«l a Ă©tĂ© profondĂ©ment inspirĂ©e de celle de PĂąques. Parmi les rĂ©percussions thĂ©ologiques que cela entraĂźne, il invite Ă  comprendre l’ensemble de l’Ɠuvre du salut comme un seul et mĂȘme mystĂšre et montre comment la cĂ©lĂ©bration liturgique nous permet d’entrer aujourd’hui dans ce mystĂšre.

Puissent ces quelques articles, invitant Ă  approfondir divers aspects de notre foi dans une dĂ©marche d’ouverture aux questionnements du monde contemporain, contribuer Ă  la prise de conscience de la nĂ©cessitĂ© d’un renouveau ecclĂ©sial sous le souffle vivifiant de l’Esprit qui mĂšne l’Église vers la vĂ©ritĂ© tout entiĂšre et fait « toutes choses nouvelles » (Ap 21,5).

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