Le 1er septembre, au moment oĂč l’on rentre les fruits des rĂ©coltes dans les greniers, dĂ©bute l’annĂ©e liturgique byzantine, marquĂ©e, selon la proposition du patriarche ƓcumĂ©nique Dimitrios, par la cĂ©lĂ©bration de la sauvegarde de la CrĂ©ation, avant mĂȘme la fĂȘte de la NativitĂ© de la MĂšre de Dieu, le 8 septembre. Le rythme du calendrier liturgique qui, chaque annĂ©e, nous propose, sous son apparence cyclique, de revivre les mĂȘmes Ă©vĂ©nements de la vie du Christ, de la MĂšre de Dieu et des saints, n’a rien de rĂ©pĂ©titif. Il nous invite Ă  participer toujours davantage au Royaume de Dieu, accentuant notre adhĂ©sion Ă  la vie divine. C’est, en effet, au cƓur de l’Histoire prĂ©sente que se dĂ©ploie notre existence nouvelle en Christ. Dieu prend corps au cƓur de notre temporalitĂ© pour nous donner accĂšs Ă  son Ă©ternitĂ©.

Cette dynamique unique, ouverte par l’Incarnation divine, se dĂ©ploie dans le temps de l’Église, Ă  la fois marquĂ©e par son statut d’institution in via et de manifestation voilĂ©e du Royaume. Une telle articulation entre le temps de Dieu et celui de sa crĂ©ation se rĂ©vĂšle particuliĂšrement dans la mise en relation entre les Ă©vĂ©nements relatĂ©s par la Bible et leurs traces archĂ©ologiques. C’est cette articulation qu’entend mettre en lumiĂšre l’Ă©tude qui ouvre ce numĂ©ro. « Comment l’archĂ©ologie Ă©claire-t-elle les rĂ©cits bibliques ? », s’interroge le bibliste orthodoxe Stefan Munteanu. Faut-il faire concorder Ă  toute force les donnĂ©es bibliques et celles rĂ©vĂ©lĂ©e par les fouilles en Terre sainte ? À travers trois exemples, l’auteur Ă©labore une rĂ©ponse nuancĂ©e qui rappelle le rapport que la Bible entretient avec l’Histoire, pour les croyants : parfois, l’historicitĂ© de l’Ă©vĂ©nement racontĂ© est primordiale – c’est le cas de la rĂ©surrection du Christ, pierre angulaire de notre foi –, alors que dans d’autres rĂ©cits, c’est surtout la rĂ©alitĂ© symbolique qu’il s’agit de mettre en Ă©vidence.

Dans l’article suivant, le pĂšre ArsĂšne Pohrib, thĂ©ologien roumain, s’appuie lui aussi sur l’analyse rigoureuse d’une source historique – le traitĂ© De l’Ă©tat des Ăąmes aprĂšs la mort, d’Eustrate de Constantinople (VIe siĂšcle) – pour s’interroger sur la question de la vie post mortem. Sans prĂ©tendre lever le voile sur ce mystĂšre, Eustrate rĂ©capitule les renseignements bibliques et patristiques relatifs Ă  cette question. Ceux-ci, rappelle l’auteur, trouvent leur fondement dans la divino-humanitĂ© du Christ, Premier-NĂ© d’entre les morts qui partage avec les ĂȘtres humains sa vie divine. La contextualisation du traitĂ© permet d’en Ă©clairer les notions thĂ©ologiques en vue de mieux saisir les modalitĂ©s de notre union Ă  Dieu.

Michel Stavrou revient ensuite sur une page importante et trop peu connue de l’histoire de l’Église : l’union de Lyon (1274) entre Byzantins et Latins. Expliquant les circonstances de cet accord poursuivi pour des raisons politiques par l’empereur byzantin Michel VIII PalĂ©ologue, il montre la mĂ©diocritĂ© de sa prĂ©paration, l’acharnement et la fĂ©rocitĂ© dans sa mise en Ɠuvre partielle Ă  Constantinople, et son rejet final en 1281 autant par les efforts des confesseurs de la foi orthodoxe que par la dĂ©cision du pape français Martin IV qui n’y croyait pas. Cette page d’Histoire incite Ă  vĂ©rifier que le prĂ©sent dialogue thĂ©ologique poursuivi entre les Églises soit toujours menĂ© sur des bases solides et authentiques qui excluent toute instrumentalisation ou rĂ©cupĂ©ration d’ordre politique.

Le dernier texte du prĂ©sent volume offre l’illustration d’un authentique dialogue en cours, puisque nous reproduisons, pour la premiĂšre fois en traduction française, le document d’accord ƓcumĂ©nique adoptĂ© l’an dernier par la Commission mixte internationale pour le dialogue thĂ©ologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe lors de sa 15ᔉ session rĂ©unie Ă  Alexandrie en juin 2023. Les signataires sont parvenus Ă  s’entendre sur cette dĂ©claration commune concernant « la synodalitĂ© et la primautĂ© au deuxiĂšme millĂ©naire et aujourd’hui ». Revenant sur la façon dont ces deux notions clĂ©s se sont articulĂ©es en Orient et en Occident durant le deuxiĂšme millĂ©naire de l’Église, ils soulignent ensemble que « l’Église n’est pas correctement comprise comme une pyramide, avec un primat gouvernant depuis le sommet, mais elle n’est pas non plus correctement comprise comme une fĂ©dĂ©ration d’Églises autosuffisantes ».

La conclusion du document invite Ă  explorer de nouvelles voies pour conjuguer la primautĂ© et la synodalitĂ© dans des Églises marquĂ©es par une diversitĂ© de traditions. 750 ans aprĂšs la tentative d’union forcĂ©e au concile de Lyon II, le travail pour rĂ©tablir – avec l’aide de Dieu – la pleine communion entre les Églises apparaĂźt comme une nĂ©cessitĂ© primordiale, afin que l’incarnation du vivre-ensemble au cƓur de l’Histoire dans un monde fragmentĂ© manifeste l’amour oblatif qui unit les personnes de la divine TrinitĂ©.

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