Les textes publiĂ©s dans ce numĂ©ro, et qui frappent par leur consonance, voudraient suggĂ©rer une position orthodoxe concernant la prĂ©sence des chrĂ©tiens dans la culture et la politique. Il ne s’agit pas de recettes, mais d’une inspiration Ă la fois critique et crĂ©atrice. Et celle-ci provient de la notion chalcĂ©donienne de divino-humanitĂ© comme espace de l’Esprit.
Un jeune thĂ©ologien orthodoxe belge, Alexis van Bunnen, dans Le christianisme, thĂ©isme ou humanisme ?, montre qu’aucun de ces termes, pris isolĂ©ment, ne peut enfermer la vĂ©ritĂ© du Dieu qui s’est fait homme pour que l’homme puisse se faire Dieu.
Pannayotis Nellas, qui vient de publier Ă AthĂšnes une profonde Ă©tude sur le grand liturgiste et spirituel byzantin Nicolas Cabasilas, un vrai tĂ©moin de la divino-humanitĂ©, dĂ©veloppe la mĂȘme pensĂ©e â La mort de Dieu et la rĂ©surrection de l’homme â pour rĂ©pondre au dĂ©fi de divers athĂ©ismes contemporains; nous voyons bien aujourd’hui que la mort de Dieu rĂ©sulte en partie elle-mĂȘme de certaines caricatures « thĂ©istes ». Le Dieu vivant transcende sa propre transcendance pour « descendre », homme, jusque dans la mort et l’enfer, afin que la rĂ©surrection dĂ©sormais nous investisse du fond mĂȘme de notre dĂ©rĂ©liction, qu’elle libĂšre notre libertĂ© et lui ouvre l’espace infini de l’Esprit.
Car la rĂ©surrection, c’est la puissance de l’Esprit, dont Georges FĂ©dotov â De l’Esprit Saint dans la nature et la culture â montre la prĂ©sence et l’action dans le dynamisme cosmique comme dans l’inspiration de tout crĂ©ateur de beautĂ© : prĂ©sence que l’Eglise ne doit nullement mĂ©priser, mais dont il lui appartient de surmonter l’ambiguĂŻtĂ© par le « critĂšre de la croix ». Georges FĂ©dotov, nĂ© en 1886 Ă Saratov, mort en 1951 Ă New-York aprĂšs avoir, dans l’entre-deux guerres, enseignĂ© Ă l’Institut Saint Serge de Paris, fut un historien de l’Eglise qui renouvela l’Ă©tude de la saintetĂ© (« Saints de l’Ancienne Russie », Paris, 1931). Il fut toujours prĂ©occupĂ© du rapport du christianisme et de la culture, ainsi que de la « signification sociale du christianisme » (titre d’un de ses livres publiĂ© Ă Paris en 1933).
On trouvera ensuite des extraits du rĂ©cent ouvrage de Christos Yannaras, â Etudes de thĂ©ologie politique, AthĂšnes, 1976, â au vrai recueil des chroniques que ce thĂ©ologien, loin de s’enfermer dans le langage Ă©sotĂ©rique et satisfait d’une (impossible) « spĂ©cialitĂ© », donne chaque mois dans un grand quotidien d’AthĂšnes, To Vima. Ces Ă©tudes sont donc aussi des actes. Nous avons choisi l’introduction, oĂč Christos Yannaras montre comment l’inspiration orthodoxe en politique doit ĂȘtre cherchĂ©e dans la tension ecclĂ©siale vers la personne en communion, vers une existentialitĂ© trinitaire; et deux chroniques de durable portĂ©e, l’une consacrĂ©e au Cauchemar de la mondialitĂ©, cette impuissance Ă la vĂ©ritable universalitĂ©, l’autre Ă la Nouvelle RĂ©sistance, appel Ă un approfondissement du vĂ©cu chrĂ©tien de l’histoire grecque face aux tentations d’une europĂ©anisation triviale.
Olivier ClĂ©ment, dans Notes Ă©parses pour une thĂ©ologie de l’histoire, essaie de dĂ©finir la prĂ©sence de l’Eglise dans l’histoire comme eschatologie active, « utopie » et rĂ©volution culturelle d’une communion trinitaire dĂ©jĂ offerte en Christ, mais à « innover » inĂ©puisablement dans l’Esprit; Il aborde ensuite le problĂšme du marxisme pour finir par une rĂ©flexion, inspirĂ©e de l’exemple monastique et de la mĂ©ditation patristique, sur le sens du travail.
Nous donnons enfin les conclusions d’une excellente Ă©tude de l’Archimandrite Nectaire Hatzimikhalis sur le problĂšme de la propriĂ©tĂ© et l’Eglise des trois premiers siĂšcles, oĂč l’on verra comment l’Eglise ancienne, refusant aussi bien toute systĂ©matisation politique que tout piĂ©tisme thĂ©ologico-liturgique Ă l’Ă©cart du monde, a su appliquer d’une maniĂšre crĂ©atrice, concernant la propriĂ©tĂ©, le dynamisme de communion qui l’animait.
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