Quelle stabilité intérieure peut nous apporter la priÚre du Nom de Jésus ? Tel est le thÚme de la méditation que nous offre ici un trÚs grand spirituel orthodoxe du XXᔠsiÚcle, le métropolite Antoine (Bloom), rappelé à Dieu il y a quatre ans.
Chacun se souvient de la polĂ©mique rĂ©cente autour de la citation des paroles de Manuel II PalĂ©ologue Ă un Ă©rudit musulman, faite par le pape BenoĂźt XVI dans un discours prononcĂ© Ă Ratisbonne en septembre dernier. On connaĂźt mal cet auteur byzantin et ses Ă©tonnants entretiens avec un musulman qui, rĂ©duits Ă une citation hors contexte, se sont trouvĂ©s indĂ»ment caricaturĂ©s par les mĂ©dias. Non, l’empereur Manuel II PalĂ©ologue n’Ă©tait pas un polĂ©miste mineur mais un remarquable thĂ©ologien orthodoxe, soucieux de rĂ©pondre aux dĂ©fis de son temps en dialoguant en profondeur avec l’islam. C’est ce que nous retrace brillamment Marie-HĂ©lĂšne Congourdeau dans son Ă©tude sur « Manuel II et l’islam ».
Ce que l’on sait moins, c’est que Manuel II PalĂ©ologue, personnalitĂ© humainement attachante, ami personnel de saint Nicolas Cabasilas, fut sans doute le premier « ambassadeur » de l’orthodoxie en France. C’est en effet Ă l’occasion de son long sĂ©jour Ă Paris, entre juin 1400 et novembre 1402, en tant qu’invitĂ© du roi de France Charles VI auprĂšs de qui il venait chercher â en vain â une aide militaire face Ă la menace turque, que fonctionna la premiĂšre paroisse orthodoxe connue dans l’histoire de France. InstallĂ©e au Louvre (le chĂąteau royal dont on peut admirer les fondations au musĂ©e du mĂȘme nom), cette chapelle, mise Ă la disposition de la suite byzantine du basileus, obtint un succĂšs extraordinaire auprĂšs des Parisiens. JuvĂ©nal des Ursains, chroniqueur de l’Ă©poque, Ă©crit Ă ce propos : « Faisoyent le service de Dieu suivant leurs maniĂšres et cĂ©rĂ©monies qui sont bien estranges, et les alloit voir qui vouloit ».
Cinq siĂšcles aprĂšs le sĂ©jour de Manuel II en Occident devaient avoir lieu la rĂ©volution russe de 1917 et lâexil forcĂ© pour des centaines de milliers de Russes, bien souvent guidĂ©s par la Providence vers lâOccident et la France. La grande figure du mĂ©tropolite Euloge, dont on a rĂ©cemment fĂȘtĂ© le 60á” anniversaire de dĂ©cĂšs, est ici admirablement Ă©voquĂ©e par Antoine NiviĂšre qui souligne combien cet Ă©vĂȘque a marquĂ© de son empreinte lâorthodoxie en France, notamment par la fondation de lâInstitut Saint-Serge (on lira Ă©galement dans la Bibliographie une recension des MĂ©moires du mĂ©tropolite parus rĂ©cemment en français). Mgr Euloge Ă©tait un homme de la modernitĂ© : sorti de lâĂšre constantinienne envers laquelle il nâentretenait aucune nostalgie, il prĂŽnait lâautonomie et lâindĂ©pendance de lâĂglise vis-Ă -vis de lâĂtat : « LâĂglise garde son autoritĂ© morale quand sa voix puissante, comme la voix de la conscience, retentit librement, quand elle ne se laisse rien dicter par les intĂ©rĂȘts passagers du moment ». Ce message prophĂ©tique est toujours actuel notamment en Russie oĂč il faudra attendre patiemment pour que lâĂglise, moins soucieuse de « travailler main dans la main » avec lâĂtat, acquiĂšre une rĂ©elle autonomie envers le pouvoir en place, dĂ©laisse les objectifs trop Ă©troitement nationaux et dĂ©fende les principes de lâĂvangile sans crainte de dĂ©plaire Ă lâĂtat.
Suivent deux rĂ©flexions complĂ©mentaires sur le devenir de lâorthodoxie face Ă la modernitĂ©. Dans la premiĂšre, AstĂ©rios Argyriou rĂ©flĂ©chit Ă lâhostilitĂ© marquĂ©e envers la modernitĂ© occidentale, quâil dĂ©cĂšle Ă la fois dans les Ăglises orthodoxes traditionnelles et dans lâislam. Son texte admet que la rĂ©alitĂ© religieuse est complexe et quâil y a eu dans lâhistoire de lâorthodoxie des courants libĂ©raux trĂšs ouverts Ă la modernitĂ©. La seule alternative rĂ©side-t-elle dans une crispation identitaire et une dĂ©nonciation qui Ă©voque lâattitude de lâĂglise catholique en 1864 lorsque Pie IX dĂ©nonçait dans son Syllabus lâhĂ©rĂ©sie moderniste et ses avatars : la sĂ©paration de lâĂglise et de lâĂtat, la dĂ©mocratie, le libĂ©ralisme, le socialisme, la libertĂ© religieuse, etc ?
Sans doute, au nom mĂȘme de la Tradition reçue dans son acception spirituelle, une autre voie est possible : celle d’une attitude prophĂ©tique dans un monde dont il faut accepter les mutations prodigieuses, oĂč les aspirations de l’humanitĂ© Ă un mieux-ĂȘtre peuvent ĂȘtre Ă©clairĂ©es et rĂ©orientĂ©es par la lumiĂšre de l’Ăvangile. C’est cette voie qu’explore le pĂšre Michel Evdokimov dans sa rĂ©flexion autour de « Quelques dĂ©fis de la sĂ©cularisation », aprĂšs une analyse lucide de la nouvelle donne de notre civilisation occidentale, marquĂ©e par une mondialisation croissante. Nous ne sommes certes pas appelĂ©s Ă prĂȘcher une guerre sainte contre le sĂ©cularisme ambiant ou militant mais, plus sĂ©rieusement et plus profondĂ©ment avec l’aide de l’Esprit Saint, à « Ă©veiller tout homme au mystĂšre de la vie, de la beautĂ©, de la libertĂ© des enfants de Dieu ».
Faisant un sain usage des bienfaits de la modernitĂ©, notre revue dispose dĂ©sormais d’un site internet (www.revue-contacts.com) mis Ă la disposition de tous les internautes. On y trouvera bientĂŽt accĂšs aux sommaires dĂ©taillĂ©s des anciens numĂ©ros et Ă quelques articles de rĂ©fĂ©rence.
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