La question de l’identitĂ© chrĂ©tienne orthodoxe en Occident se pose avec une acuitĂ© croissante depuis maintenant plus de trois gĂ©nĂ©rations. Nombreux sont les fidĂšles qui non seulement dĂ©sirent ĂȘtre fidĂšles Ă l’Ăglise orthodoxe â leur Ăglise d’origine ou parfois d’adoption par le fait de circonstances providentielles â mais veulent aussi tĂ©moigner, mĂȘme modestement, des trĂ©sors spĂ©cifiques de leur Ăglise, tout en se voulant fermement ancrĂ©s dans la vie du pays occidental oĂč Dieu les a placĂ©s. C’est Ă cette question que s’est intĂ©ressĂ© rĂ©cemment le pĂšre Boris Bobrinskoy dans la communication qui ouvre ce volume. Au fil des gĂ©nĂ©rations, l’inculturation de l’orthodoxie en Occident semble progresser et aider la vigne du Seigneur Ă s’affermir. Cependant, comme le rappelle la Lettre Ă DiognĂšte, les chrĂ©tiens « vivent dans leur patrie, mais comme Ă©trangers ; […] ils demeurent sur la terre mais ils sont citoyens du ciel ».
Si les chrĂ©tiens de l’Ăglise ancienne avaient une conscience si vive de la patrie cĂ©leste, du Royaume Ă venir, celle-ci Ă©tait intimement liĂ©e Ă leur foi en la paternitĂ© de Dieu rĂ©vĂ©lĂ©e dans le mystĂšre du Christ. C’est le thĂšme central de l’article bien informĂ© de Michel Stavrou sur « Le mystĂšre de Dieu le PĂšre chez saint Athanase d’Alexandrie ». Il nous montre qu’Ă travers la thĂ©ologie d’Athanase, un tournant majeur a Ă©tĂ© accompli au IVá” siĂšcle dans la comprĂ©hension de ce que signifie doublement la paternitĂ© de Dieu : Ă la fois pour la Sainte TrinitĂ© et pour l’homme, objet de l’amour de Dieu. Loin de se clore dans sa transcendance, Dieu dĂ©sire se donner tout entier Ă l’homme. Saint Athanase a montrĂ© que Dieu doit ĂȘtre communion en lui-mĂȘme sui generis pour pouvoir se communiquer. Il doit Ă©ternellement ĂȘtre PĂšre d’un Fils qui partage avec lui le Saint-Esprit pour pouvoir, selon sa bienveillance, devenir un pĂšre pour les hommes. Dieu le PĂšre apparaĂźt alors comme une vĂ©ritable source de lumiĂšre Ă laquelle nous sommes abreuvĂ©s par l’Esprit Saint qui nous fait contempler l’Ă©clat du PĂšre qu’est le Christ, et devenir des fils dans le Fils.
ConsacrĂ©e à « La paternitĂ© spirituelle chez les PĂšres du DĂ©sert », la belle et courte Ă©tude du pĂšre Joseph Naumowicz, que l’on trouvera ensuite, montre en quoi l’abba, chez les PĂšres ascĂ©tiques, est d’abord celui qui donne l’existence et la vie avant toute idĂ©e d’« autoritĂ© » ou de « direction ». Il est important de souligner que le pĂšre spirituel offre une vivante icĂŽne de la paternitĂ© divine, puisque c’est bien du PĂšre, que « toute paternitĂ© cĂ©leste et terrestre tire son nom » (Ăp 3,15).
Le signe le plus profond de l’amour de Dieu pour les hommes n’est-il pas le don qu’Il fait de son Fils unique pour le salut du genre humain, don sacrificiel qui passe par le Golgotha, la Croix, les enfers pour s’ouvrir sur la RĂ©surrection ? Une icĂŽne rĂ©sume et symbolise pour ainsi dire le mystĂšre ineffable de PĂąques : La descente du Christ aux Enfers. C’est Ă la symbolique de cette reprĂ©sentation et notamment Ă la signification des couleurs qui s’y trouvent utilisĂ©es dans la Tradition, que nous initie HĂ©lĂšne BlĂ©rĂ© dans son article â d’autant plus original qu’il s’appuie sur l’expĂ©rience d’une peintre d’icĂŽnes de talent. Cette icĂŽne de La descente aux Enfers nous appelle Ă rencontrer le Christ ressuscitĂ©, Ă nous laisser, comme Adam et Ăve sur l’icĂŽne, saisir aux poignets hors du gouffre de la mort et du nĂ©ant par le MaĂźtre de la Vie. En dehors de cette perspective existentielle, l’icĂŽne ne serait que vain esthĂ©tisme. Comme le soulignaient les PĂšres du DĂ©sert, la vraie contemplation (thĂ©oria_) s’avĂšre indissociable d’une authentique_praxis spirituelle.
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