Mon ami d'enfance


Les événements et les hommes qui sont entrés dans l'histoire deviennent, même aux yeux de leurs contemporains, des figures en quelque sorte figées, suivant une sorte de canon implicite qui veut qu'un personnage historique ne peut être représenté qu'en fonction de ces idées figées qui le concernent. Les qualités apparaissent toujours comme une vertu sans mélange et les crimes entièrement noirs, si bien que les personnages représentés, des êtres de chair, finissent par se transformer en symboles.

Mes souvenirs ont trait à un homme qui est devenu peut-être au plus haut point un symbole : Constantin Pétrovitch Pobiédonostsev. Je voudrais évoquer mes relations d'enfant avec lui. À l'époque, j'avais entre 5 et 13 ans, ce qui explique que j'ai perçu Pobiédonostsev non pas comme un homme d'État, non pas comme l'idéologue de la réaction du règne d'Alexandre III, mais exclusivement comme un homme, un vieil homme, très tendre avec les enfants.

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