Liminaire


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Le 13ᔉ CongrĂšs orthodoxe d’Europe occidentale, qui s’est tenu du 30 avril au 3 mai 2009, Ă  Amiens (Somme), Ă©tait placĂ© sous le thĂšme « La CrĂ©ation remise entre nos mains ». On trouvera, dans ce numĂ©ro entiĂšrement consacrĂ© aux Actes de cette manifestation triennale, les textes des quatre confĂ©rences donnĂ©es en sĂ©ances plĂ©niĂšres par Michel Stavrou, Pierre Bouteneff, Élisabeth Theokritoff et Bertrand Vergely, les textes des interventions du pĂšre SymĂ©on Cossec (monastĂšre Saint-Silouane-l’Athonite) et de Bruce Clark, mais Ă©galement les rapports ou communications des tables rondes et des ateliers, qui nous ont Ă©tĂ© transmis.

BĂ©ni par l’AssemblĂ©e des Ă©vĂȘques orthodoxes de France, ce 13ᔉ CongrĂšs Ă©tait organisĂ© par la FraternitĂ© orthodoxe en Europe occidentale. Tous les patriarcats ayant des diocĂšses en Europe occidentale Ă©taient reprĂ©sentĂ©s. ParticipĂšrent Ă  l’intĂ©gralitĂ© des sessions l’archevĂȘque Gabriel (archevĂȘchĂ© de tradition russe du patriarcat ƓcumĂ©nique, France) et son auxiliaire, l’Ă©vĂȘque Basile (Oxford, Grande-Bretagne), le mĂ©tropolite Joseph (patriarcat de Roumanie, France), le mĂ©tropolite SĂ©raphin (patriarcat de Roumanie, Allemagne) et l’Ă©vĂȘque AthĂ©nagoras (auxiliaire du diocĂšse du patriarcat ƓcumĂ©nique en Belgique). Le dernier jour du congrĂšs, le mĂ©tropolite Emmanuel, Ă©vĂȘque du diocĂšse du patriarcat ƓcumĂ©nique en France et prĂ©sident de l’AssemblĂ©e des Ă©vĂȘques orthodoxes de France, devait prĂ©sider la liturgie et lire un message du patriarche BartholomĂ©e qui tenait Ă  rappeler aux participants le caractĂšre essentiel de la rĂ©flexion concernant la sauvegarde de la crĂ©ation. L’Ă©vĂȘque catholique d’Amiens, Mgr Jean-Luc Bouilleret, devait Ă©galement honorer le congrĂšs de sa prĂ©sence.

Plus de sept cents participants, dont de nombreux jeunes et enfants, Ă©taient venus de diffĂ©rents pays d’Europe, tant de l’Ouest (Belgique, France, Grande-Bretagne, GrĂšce, Pays-Bas, Allemagne, Suisse, Italie, Espagne) que de l’Est (Russie, Ukraine, Roumanie, Bulgarie), dans une ambiance conviviale, pour rĂ©affirmer l’enracinement des orthodoxes ici et maintenant, appelĂ©s Ă  vivre la foi apostolique au sein de la sociĂ©tĂ© occidentale. Quatre confĂ©rences plĂ©niĂšres, trois tables rondes et une vingtaine d’ateliers de rĂ©flexion ont permis aux participants de rĂ©flĂ©chir sur les dĂ©fis auxquels l’Église est appelĂ©e Ă  rĂ©pondre « pour la vie du monde ». À la fin de la derniĂšre journĂ©e du congrĂšs, une partie des participants se sont retrouvĂ©s pour une priĂšre d’action de grĂące dans la cathĂ©drale d’Amiens, qui abrite le chef de saint Jean-Baptiste, ramenĂ© de Constantinople en 1206.

Le congrĂšs s’est articulĂ© autour des quatre confĂ©rences plĂ©niĂšres (avec traduction simultanĂ©e en français, anglais, allemand et nĂ©erlandais). PrĂ©sentĂ©e par Michel Stavrou, la premiĂšre communication intitulĂ©e « Le mystĂšre de la CrĂ©ation » a permis d’introduire le thĂšme gĂ©nĂ©ral du congrĂšs. Dans un exposĂ© trĂšs dense, Michel Stavrou a tout d’abord donnĂ©, Ă  partir d’une approche biblique et patristique, une lecture de « la vocation de l’homme » au sein de la CrĂ©ation, une vocation dont l’accomplissement se rĂ©alise en Christ par l’Incarnation et la RĂ©surrection, soulignant ensuite combien aujourd’hui « la crise Ă©cologique semble rĂ©sulter de deux facteurs thĂ©ologiques concourants : l’expulsion de Dieu, et l’éloignement de l’homme hors du monde », avant de proposer « la voie philocalique comme chemin spirituel » pour restaurer l’image dĂ©chue de l’homme et sanctifier l’ensemble de la crĂ©ation.

Dans sa communication, Pierre Bouteneff, professeur Ă  l’Institut Saint-Vladimir Ă  New York, a centrĂ© la rĂ©flexion sur la condition de l’homme, Ă  la fois marquĂ©e par la chute originelle, mais aussi créée Ă  l’image de Dieu. À partir de la question « Adam, oĂč es-tu ? » ; il a soulignĂ© le paradoxe dans lequel s’inscrit notre vie, en tension permanente entre la joie rĂ©surrectionnelle qui fait de nous des citoyens du Royaume et le monde de mort dans lequel nous vivons encore. Ce paradoxe s’incarne dans la polarisation entre l’ancien Adam dĂ©chu et le nouvel Adam qu’est le Christ mort et ressuscitĂ©. DĂ©veloppant les enjeux de cette polarisation, Pierre Bouteneff a soulignĂ© que le vieil Adam, notre ancĂȘtre, reprĂ©sente nos potentialitĂ©s dĂ©chues, ouvrant sur le pĂ©chĂ© et la mort, tandis que le Christ nous ouvre la voie de l’union Ă  Dieu dĂšs lors que nous choisissons de tendre vers cette rĂ©alitĂ© rachetĂ©e. Élisabeth Theokritoff, enseignante Ă  l’Institut d’Ă©tudes orthodoxes de Cambridge (Grande-Bretagne), s’est efforcĂ©e, Ă  son tour, de montrer comment l’Église peut participer Ă  la prise de conscience Ă©cologique actuelle, en insistant sur les modalitĂ©s du passage d’une Ă©conomie de consommation Ă  une Ă©conomie de communion.

Le philosophe Bertrand Vergely, maĂźtre de confĂ©rences Ă  l’Institut Saint-Serge, a prĂ©sentĂ© la derniĂšre communication plĂ©niĂšre sur le thĂšme « Vers la transfiguration du quotidien ». Il a Ă©voquĂ© la question des origines, Ă  laquelle la rĂ©ponse chrĂ©tienne permet de donner son sens vĂ©ritable. Il s’agit d’ĂȘtre partie prenante du monde, de s’Ă©merveiller sans cesse devant lui afin de progressivement s’approcher de la rĂ©alitĂ© spirituelle qui est celle de l’omniprĂ©sence divine. « Nous apprenons Dieu dans le mystĂšre de l’inconcevable », a-t-il dit. Dans cette perspective, l’homme n’est pas une individualitĂ© achevĂ©e, mais un ĂȘtre en commencement appelĂ© Ă  vivre selon la vocation que Dieu nous a assignĂ©e lors de la crĂ©ation.

Dans une forte intervention sur le monachisme, le pĂšre SymĂ©on, supĂ©rieur du monastĂšre Saint-Silouane-l’Athonite, Ă  Saint-Mars-de-Loquenay (Sarthe), a Ă©voquĂ© la vocation des moines, appelĂ©s Ă  Ă©tablir un plus juste rapport envers la crĂ©ation, selon ce que Dieu a ordonnĂ© Ă  Adam, et de devenir ainsi un exemple pour le monde. Le monastĂšre peut alors constituer un lieu harmonieux d’accueil de la nature, des animaux, mais surtout de l’homme blessĂ©. Le journaliste anglais Bruce Clark a exposĂ©, pour sa part, de façon trĂšs pĂ©dagogique, le combat permanent du patriarche BartholomĂ©e en faveur de l’environnement.

Dans la soirĂ©e du 1á”‰Êł mai, a eu lieu une sĂ©ance d’hommage Ă  notre ami de mĂ©moire Ă©ternelle le thĂ©ologien et historien orthodoxe Olivier ClĂ©ment. Cette soirĂ©e, animĂ©e par le pĂšre Jean Gueit, recteur de la cathĂ©drale de Nice et ancien secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la FraternitĂ© orthodoxe, a donnĂ© l’occasion de rappeler la guidance qu’exerçait celui qui fut aussi l’un des fondateurs et animateurs de la FraternitĂ© orthodoxe en Europe occidentale. AprĂšs l’audition de la bande sonore du 4ᔉ CongrĂšs orthodoxe d’Europe occidentale, qui s’Ă©tait tenu Ă  Avignon, en 1980, grĂące Ă  laquelle la voix vibrante d’Olivier a rĂ©sonnĂ© dans l’amphithéùtre d’Amiens, et la lecture de poĂšmes tirĂ©s de son recueil DĂ©racine-toi et plante-toi dans la mer, nombreux furent ceux qui vinrent tĂ©moigner de leur amitiĂ© avec le thĂ©ologien.

En marge des sessions plĂ©niĂšres, les participants ont pu se retrouver en groupes lors de trois tables rondes et d’ateliers de rĂ©flexion portant sur les thĂšmes les plus variĂ©s. VĂ©cus au rythme de la priĂšre, ces trois jours ont trouvĂ© leur point culminant dans la liturgie eucharistique dominicale, concĂ©lĂ©brĂ©e par tous les Ă©vĂȘques prĂ©sents, entourĂ©s d’une dizaine de prĂȘtres et de diacres et de tous les congressistes, chantĂ©e en français, nĂ©erlandais, grec, slavon, roumain, allemand et anglais.

À l’issue de ce congrĂšs, les participants ont adressĂ© un message pressant au patriarche ƓcumĂ©nique BartholomĂ©e Iá”‰Êł :

Ensemble, nous avons vĂ©cu l’unitĂ© ecclĂ©siale […]. Cependant, revenant demain dans nos paroisses marquĂ©es par les fragmentations juridictionnelles, l’ignorance mutuelle, nous souffrirons d’autant plus du dĂ©calage entre cette unitĂ© catholique que nous avons vĂ©cue, et l’Ă©tat de dĂ©sorganisation et de passivitĂ© de nos rĂ©alitĂ©s ecclĂ©siales, que nous dĂ©nonçons et dont nous souffrons depuis le premier congrĂšs Ă  Annecy en 1971. Nous avons Ă©tĂ© informĂ©s que, dans quelques semaines, se tiendra, Ă  GenĂšve, une rĂ©union prĂ©paratoire prĂ©conciliaire qui abordera la difficile question de l’organisation de la prĂ©sence orthodoxe en Occident. Nous plaçons notre espoir dans nos Ă©vĂȘques pour la mise en conformitĂ© de cette organisation avec l’ecclĂ©siologie de communion que nous confessons et que nous venons de vivre durant ces trois jours.

Nous [vous] prions d’entendre l’urgence de ce message et la dĂ©tresse qui s’y exprime, et vous supplions pour que nos attentes soient prises directement en considĂ©ration.