Ce numéro s’ouvre sur une homélie bouleversante, prononcée « lors de l’imposition de l’huile des malades le jeudi saint » par le Père Gabriel Henry, recteur de la paroisse francophone de Notre-Dame des Affligés, rue Saint-Victor, à Paris. Ici le témoignage personnel rejoint celui, ecclésial, du prêtre, pour aller droit au cœur de la névrose spirituelle de l’Occident : le refoulement de la mort, la crispation devant le néant lorsque surgissent les signes de la finitude. Et là, non par des raisonnements, mais comme un cri où l’angoisse se retourne en confiance, l’annonce de la résurrection.
Nous avons la joie de commencer ensuite la publication des Philocaliques, de Jacques Touraille. Celui-ci, dont nous avons déjà publié des poèmes et des études est surtout connu comme le traducteur des textes liturgiques de l’Orient chrétien, et maintenant de la Philocalie. Ces prémonitoires « philocaliques », il les a écrites dans les années qui suivirent la guerre mondiale, jeune Français qui n’avait pu accepter l’horreur de la guerre et qui cherchait un sens éternel à l’existence en errant d’église romane en église romane, jusqu’à ce qu’il rencontra, à Patmos, dans l’esprit de saint Jean, la Byzance spirituelle.
Notre ami Panayotis Nellas recherche, dans son essai sur Les chrétiens dans un monde en création, ce que pourrait être le labeur et le service des chrétiens décidés à appliquer ici et maintenant, dans tous les domaines de la civilisation contemporaine, l’injonction de l’apôtre : « En toutes choses faites eucharistie ». Texte important jusque dans ses esquisses et ses interrogations : une certaine « schizophrénie » orthodoxe est ici surmontée, la Tradition redevient vivante, créatrice, capable de tenter à notre époque ce que les Pères ont su réaliser dans un autre contexte historique.
Olivier Clément, dans une Postface, inédite en français, à son livre intitulé L’Esprit de Soljénitsyne, étudie, selon la perspective spirituelle qui est la sienne, les œuvres de l’écrivain parues depuis son arrivée en Occident. Ici aussi s’ébauchent quelques indications pour une évaluation chrétienne des idéologies et de la politique.
Un numéro, donc, dédié à la pensée orthodoxe vivante, aussi bien en Grèce que dans la culture russe contemporaine et en Occident.
