N° 288 – 4e trim. 2024
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Liminaire
Les fêtes de la Nativité du Christ et de la Théophanie nous plongent dans le mystère de l’Incarnation. Le Dieu fait chair se rend accessible à nous tout en restant infiniment transcendant, paradoxe que les discours théologiques ne cessent de scruter pour toujours plus
l’approcher sans jamais l’épuiser.
Nous clôturons l’année 2024 avec un volume de mélanges qui rassemble des textes inédits en français de théologiens passés et contemporains. Une hymne de saint Éphrem le Syrien chante, au IVe siècle, la venue du Christ parmi les hommes en utilisant la métaphore et l’antithèse pour déployer le sens inouï d’un tel événement et ses conséquences pour toute la création. L’homélie « sur la vie humaine et les défunts » de saint André de Crète qui lui fait suite, composée au VIIIe siècle sous le règne de l’empereur iconoclaste Léon III l’Isaurien, développe une réflexion sans concession sur la finitude ; afin, semble-t-il, de dénoncer l’hubris du souverain, l’auteur n’hésite pas à forcer le trait en décrivant la désagrégation de l’être déchu. Transparaît néanmoins l’espérance en Dieu et l’invitation à se tourner vers les
réalités impérissables.
Nous proposons ensuite la lecture de trois textes – inédits en français – de théologiens orthodoxes du XXe siècle qui se sont signalés par leur « retour aux Pères ». Dans une conférence datée de 1956, Vladimir Lossky réfléchit à la signification théologique de la vie spirituelle et souligne qu’en perspective orthodoxe ce ne peut être qu’une vie centrée sur le Christ et dans l’Esprit Saint. Confirmant l’existence d’une unique économie divine conjointe du Fils et de l’Esprit, il montre comment l’Église est à la fois un organisme unifié et le lieu de la libre édification des personnes. Sa critique de l’Église de Rome doit être replacée dans le contexte de l’Église institutionnelle d’avant Vatican II. L’originalité de Lossky est d’affirmer un lien profond à trois termes entre vie spirituelle, théologie trinitaire et ecclésiologie.
L’article suivant, introduit par Paul Ladouceur, est une conférence donnée par Georges Florovsky en 1968 à l’université d’Aix-en-Provence, dans le cadre d’un colloque de philosophie. Cet autre représentant de la synthèse néo-patristique s’interroge sur l’œuvre des
penseurs du XXe siècle héritiers de la philosophie religieuse russe, principalement Florensky et Boulgakov. Loin de discerner dans ce mouvement un « renouveau théologique », il y perçoit une « impasse » et un « lit maléfique ». Toutefois l’intérêt du texte est qu’il s’en explique longuement à la fois par des raisons liées à son histoire personnelle et par une réflexion théologique qui développe les particularité des penseurs concernant la divino-humanité, les origines de leurs conceptions et ce qu’il perçoit comme leurs limites.
Enfin, une conférence testamentaire donnée par le métropolite Jean de Pergame en 2011 ouvre des perspectives d’avenir à la théologie orthodoxe au XXIe siècle : il lui incombe de faire la synthèse des mouvements créatifs des années 60. Sur le socle des générations précédentes, ceux-ci ont permis un renouveau ecclésiologique qu’il convient d’intégrer dans la dimension institutionnelle de l’Église pour permettre à celle-ci de vivre plus consciemment sous le souffle de l’Esprit Saint. Il s’agit aussi de poursuivre le retour dynamique et créatif aux Pères pour répondre aux défis du siècle, en particulier la menace que la réalité virtuelle fait peser sur la nature locale et incarnée de l’Église.
Ces textes de théologiens nous interpellent et offrent autant de pistes pour nous inciter à approfondir notre pensée et notre vécu du mystère du Dieu fait chair, à l’orée de l’année 2025
qui sera marquée par le millénaire du premier concile œcuménique réuni à Nicée en 325, proclamant la nature éternelle et incréée du Christ. À tous nos lecteurs nous souhaitons de belles fêtes de la Nativité et de la Théophanie.
Contacts
Sommaire
Liminaire
[p. 325-326]
Hymnes sur le mystère de l’Incarnation
Saint Éphrem le Syrien (IVe siècle)
[p. 327-330]
Homélie sur la vie humaine et les défunts
Saint André de Crète
[p. 331-355]
L’Évangile nous brûle sans cesse
Vladimir Lossky
[p. 356-363]
Georges Florovsky et le renouveau de la théologie orthodoxe : une conférence inédite
Paul Ladouceur
[p. 364-369]
Le renouveau de la théologie orthodoxe – Florensky, Boulgakov et les autres : vers une philosophie chrétienne
Georges Florovsky
[p. 370-389]
La théologie orthodoxe face aux défis du XXIe siècle
Métropolite Jean Zizioulas
[p. 390-402]
Chronique
[p. 403-405]
Bibliographie
[p. 406-429]
